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Un Ghajar fou, fou, fou

Israël n'a guère l'habitude de faire des cadeaux. Et quand il lui arrive d'en faire, on peut parier que ceux-ci sont copieusement assaisonnés de poison. Tel est bien le cas avec cette affaire de Ghajar survenant au beau milieu de l'inextricable imbroglio libanais. Et qui, pour rester dans la note, a tout l'air d'une authentique histoire de fous.

Ainsi, Benjamin Netanyahu s'est illustré dans le passé en s'insurgeant violemment contre tout retrait unilatéral israélien de territoires arabes occupés, qu'il s'agît du Liban-Sud ou de la bande de Gaza. Le voici pourtant qui souscrit sans crier gare au principe d'une évacuation de la partie nord du petit village frontalier de Ghajar dont la garde serait confiée à la Force intérimaire des Nations unies stationnée dans le sud de notre pays. Or le minuscule Ghajar des origines, village de population exclusivement alaouite, fait partie intégrante du Golan syrien conquis en 1967 à la Syrie.

Inexplicablement oubliés lors de l'annexion officielle de ce territoire, ses habitants avaient bruyamment exigé - et obtenu - d'être eux aussi anschlüssés : voilà qui leur donnait droit à la citoyenneté israélienne et à tous les avantages sociaux en découlant, sans renoncer pour autant à leur appartenance première, syrienne. Au fil des ans cependant, la localité s'est développée, s'étendant vers le nord et empiétant donc sur le sol libanais ; mais au lendemain du retrait unilatéral israélien de 2000, elle se retrouvait implacablement coupée en deux par la ligne bleue délimitant la frontière, que traçait une ONU apparemment insensible aux problèmes d'identité actuels et futurs de ces quelques centaines de villageois. Réoccupé lors de la guerre de l'été 2006, le secteur est un véritable paradis pour les trafiquants en tout genre.

Toujours est-il que voici aujourd'hui une population entrée en rébellion contre un projet pouvant impliquer, entre autres calamités, la séparation des familles et, pour certains, la perte des prestations sociales et même de l'emploi. Carrément fantasmagorique, quant à elle, est la situation d'un gouvernement libanais incapable de se réunir aussi longtemps que n'a pas été programmé un surréel débat sur l'affaire dite des faux témoins, et qu'épouvante maintenant la perspective de se voir un jour affubler d'un territoire appartenant à autrui et peuplé, de surcroît, de citoyens israéliens ou même syro-israéliens : si inattendue était d'ailleurs cette annonce de retrait que le Hezbollah en a oublié d'y voir une nouvelle et divine victoire sur l'ennemi !

Quant aux motivations de Benjamin Netanyahu, elles sont évidemment loin d'être innocentes. Pour le Premier ministre israélien qui, depuis des mois, se fait tirer l'oreille pour acquiescer à un simple gel de la colonisation juive en Cisjordanie, c'est là l'occasion de faire amende honorable en paraissant se conformer à cette résolution 1701 de l'ONU quotidiennement violée sur tous les tons par Israël. De ce geste, qui a été promptement salué par l'ONU, Washington et Moscou, Israël attend davantage cependant que des bravos : ce qu'il escompte en réalité, c'est un quitus international en bonne et due forme certifiant qu'il a évacué le dernier pouce carré de territoire libanais qu'il occupait encore. Voilà qui, à son sens, ferait un sort définitif aux revendications libanaises touchant aux fameuses fermes de Chebaa : territoire qu'Israël tient pour anciennement syrien et qui n'est donc susceptible d'être restitué qu'à ce pays ; territoire dont la Syrie elle-même, par une concordance objective d'intérêts avec l'État hébreu, depuis longtemps notée à propos de notre pays, se refuse à proclamer solennellement la libanité.

En choisissant de négocier avec la Finul, plutôt qu'avec l'État libanais, les modalités de son retrait d'un secteur particulièrement propice à la contrebande, Israël cherche enfin à rendre directement responsable de sa propre sécurité à la frontière une force internationale accusée de fermer les yeux sur le regain de présence du Hezbollah partout ailleurs au Liban-Sud.

Un nouveau mur de Berlin, s'alarmait hier un grand quotidien londonien. Pour le fruste Ghajar, voici venue une bien singulière célébrité.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Israël n'a guère l'habitude de faire des cadeaux. Et quand il lui arrive d'en faire, on peut parier que ceux-ci sont copieusement assaisonnés de poison. Tel est bien le cas avec cette affaire de Ghajar survenant au beau milieu de l'inextricable imbroglio libanais. Et qui, pour rester dans la note, a tout l'air d'une authentique histoire de fous.Ainsi, Benjamin Netanyahu s'est illustré dans le passé en s'insurgeant violemment contre tout retrait unilatéral israélien de territoires arabes occupés, qu'il s'agît du Liban-Sud ou de la bande de Gaza. Le voici pourtant qui souscrit sans crier gare au principe d'une évacuation de la partie nord du petit village frontalier de Ghajar dont la garde serait confiée à la Force intérimaire des Nations unies...