Ce n'est pas tout à fait, pas encore du moins, l'amorce d'un nouveau Kornet Chehwan qui a eu lieu hier à Bkerké autour du patriarche Nasrallah Sfeir en personne. Mais le contexte entourant ces vastes assises est plus grave et dramatique encore qu'au début de la décennie. Pour commencer, c'est à un moment où la présence chrétienne est sérieusement menacée dans les régions du Proche et du Moyen-Orient, au point de susciter un récent synode consacré à cette douloureuse question, que les chrétiens du Liban entendent réaffirmer avec force le rôle central qui fut le leur dans la formation et l'assemblage de ce pays. Or, depuis des années, c'est essentiellement sur fond de rivalité sunnito-chiite qu'a paru se dérouler l'actualité politique, donnant le dangereux sentiment que les forces chrétiennes se situant dans l'un ou l'autre de ces deux camps ne pouvaient prétendre à davantage qu'un rôle de comparse..
Un autre fait nouveau depuis Kornet Chehwan, non moins déterminant, est que les tentatives de mainmise et autres ingérences étrangères ne sont plus seules à alarmer la hiérarchie religieuse maronite, au point de la porter à sonner le tocsin. Clairement, sinon explicitement, désignées en effet, dans le communiqué publié hier à Bkerké, sont les parties locales qui œuvrent tout autant que leurs alliés d'outre-frontière à arracher le Liban à son environnement arabe et à lui imposer des options contraires à ses traditions, qui se répandent en menaces même pas voilées, le sommant de choisir entre stabilité interne et justice internationale.
Tout aussi remarquable est le soutien apporté par les congressistes de Bkerké au président Michel Sleiman, qu'ils pressent néanmoins d'assumer sa mission de gardien de la Constitution face à toutes les atteintes portées à celle-ci. Assez ironiquement, cette entreprise de réinsertion de la composante chrétienne dans le jeu politique libanais n'est pas le fait d'un seul bord. Ainsi, c'est dans les basques du maronite Michel Aoun, subitement soucieux des droits des anciens chefs sécuritaires (ceux-là mêmes qui, des années durant, pourtant, persécutèrent ses propres partisans), que s'est abrité le Hezbollah pour boycotter la réunion, jeudi, de la conférence de dialogue national, au motif que la justice libanaise n'est toujours pas saisie de la fameuse (et fumeuse !) affaire dite des faux témoins : laquelle affaire n'est brandie que pour tenter d'invalider l'enquête internationale sur les crimes commis contre le Liban. La manœuvre se double par ailleurs de pressions accrues sur le chef de l'État, qui s'obstine à rechercher une formule de compromis, pour faire en sorte que cette question soit tranchée en Conseil des ministres.
C'est dire que le Premier ministre Saad Hariri n'est plus désormais la seule cible de l'opposition soutenue par l'Iran et la Syrie. Son gouvernement d'unité nationale a beau être en état de mort clinique, il reste un Premier ministre reconnu, tenu même pour indispensable .par Damas et ses alliés. Et pour cause : nul autre qu'un Hariri au pouvoir ne pourrait donner quelque légitimité à un éventuel désaveu officiel du Tribunal spécial pour le Liban. C'est-à-dire à la seconde mort de Rafic Hariri.
Issa GORAIEB
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