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Bush à bouche

Ce n'est certes pas la première fois que ces valeureux résistants rangent le treillis de combat pour laisser la place aux escouades en jupons. Il est de triste tradition, d'ailleurs, pour les milices de par le monde, de s'abriter - tel un poisson dans l'eau, comme le recommande le manuel de la guérilla - derrière les populations.

Ce sont ainsi de prétendus villageois indignés qui bombardent de cailloux les patrouilles de la Finul opérant au Liban-Sud, sous prétexte que ces malotrus de Casques bleus à bord de leurs bruyants véhicules traversent leurs localités comme en terrain conquis. Et c'est dans les habitations, dans les écoles, dispensaires et même lieux de culte que sont souvent aménagées caches d'armes et de munitions, comme si cela pouvait détourner les coups d'un ennemi israélien notoirement insensible aux pertes civiles.

C'est dire qu'il n'est pas trop surprenant qu'un groupe de femmes en colère, amené sur place et dûment encadré par le Hezbollah, ait attaqué, molesté et dévalisé mercredi des enquêtrices de l'ONU venues à la recherche d'informations (apparemment des numéros de téléphone portable sensibles) dans le cabinet d'une gynécologue de la banlieue sud de Beyrouth. Guère plus surprenant était le spectacle du chef de ce parti montant sur ses grands chevaux pour dénoncer à la télévision l'atteinte ainsi portée, selon lui, à l'honneur et à l'amour-propre de ses cadres, dont les épouses et filles fréquentent en effet la clinique visitée.

Que le Hezbollah s'obstine à endosser de la sorte l'habit du coupable, en l'absence de tout acte d'accusation, n'est pas chose nouvelle non plus. Ce qui est remarquable, en revanche, c'est la déclaration de guerre totale, irréversible, qu'a faite Hassan Nasrallah au Tribunal spécial pour le Liban, et avec lui à toute institution étatique, mais aussi à tout citoyen qui se dirait en faveur de la justice internationale. Coopérer avec La Haye, c'est faire acte d'hostilité à la résistance : par son caractère outrancier et contreproductif cette mise en garde n'est pas sans rappeler le tristement fameux qui n'est pas avec nous est contre nous que lançait naguère George W. Bush et qui n'a jamais pu lui rallier même les pays les moins susceptibles de sympathies pour Oussama Ben Laden. C'est de la même et malsaine logique d'ailleurs que relève l'injonction faite aux Libanais de choisir entre la vérité judiciaire et la tranquillité domestique.

Tout aussi remarquable, par ailleurs, est la vigoureuse riposte de la communauté internationale au coup de force de mercredi. Loin de se laisser intimider, le Tribunal spécial réfute vertement les accusations de violation de la confidentialité médicale portées contre lui et reste plus que jamais attaché à sa mission ; l'envoyé spécial de l'ONU Roed-Larsen décrète l'alerte rouge ; Nicolas Sarkozy signifie à son hôte Nabih Berry son appui inébranlable au TSL ;
et c'est l'Amérique qui enfonce le clou en accusant avec une véhémence inusitée Damas et Téhéran de déstabiliser la région tout entière en soutenant le Hezbollah.

Face à tout ce tumulte, l'heure n'est plus aux positions en demi-teinte. Céder en effet aux exigences on ne peut plus explicites désormais du Hezbollah, c'est faire du pays un renégat, un paria. Du reste, comment une aussi insolente déclaration de guerre pourrait-elle vraiment être porteuse et génératrice de paix ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Ce n'est certes pas la première fois que ces valeureux résistants rangent le treillis de combat pour laisser la place aux escouades en jupons. Il est de triste tradition, d'ailleurs, pour les milices de par le monde, de s'abriter - tel un poisson dans l'eau, comme le recommande le manuel de la guérilla - derrière les populations.Ce sont ainsi de prétendus villageois indignés qui bombardent de cailloux les patrouilles de la Finul opérant au Liban-Sud, sous prétexte que ces malotrus de Casques bleus à bord de leurs bruyants véhicules traversent leurs localités comme en terrain conquis. Et c'est dans les habitations, dans les écoles, dispensaires et même lieux de culte que sont souvent aménagées caches d'armes et de munitions, comme si...