Dans le vertigineux chassé-croisé dont la région a été ces derniers jours le théâtre, dans le flot de rencontres au sommet, de déclarations, de communiqués touchant de près ou de loin à la crise libanaise, comment faire la part des choses, comment démêler l'utile du nocif, le positif du catastrophique ?
Nombre de Libanais trouvent ainsi réconfort dans la belle santé que continue apparemment d'afficher une entente syro-saoudite pourtant précaire par définition. On veut y voir la volonté de ces deux partenaires forcés de ne pas s'affronter plus longtemps par Libanais interposés, de préserver et perpétuer sur notre sol ce trompeur semblant de normalité qui a pour nom stabilité. Mais un tel condominium, loué à longueur de journée par le président de l'Assemblée qui ne jure plus que par ces deux initiales SS (Syriens-Saoudiens), n'est-il pas en réalité l'illustration parfaite d'une peu digne démission nationale, de la déchéance des Libanais en tant que peuple un tant soit peu maître de son propre destin ?
Les exemples abondent de ces mornes réalités à double face. Et c'est des Nations unies que nous vient la dernière en date, avec les cris d'alarme lancés tour à tour lundi par quatre grandes puissances membres permanents du Conseil, à propos de l'actuelle cabale visant le Tribunal spécial pour le Liban. Le bon côté de ces prises de position est évidemment la prise de conscience, par ces puissances, de l'ampleur et de la gravité de la campagne menée contre le tribunal afin de le discréditer ou d'entraver son action. C'est aussi la claire fin de non-recevoir qui est opposée à l'extravagant projet imaginé par le Hezbollah et aux termes duquel les chefs arabes proches de l'Occident useraient de leur influence pour obtenir que soit supprimé, édulcoré ou pour le moins retardé, le malveillant acte d'accusation auquel travaille le procureur Daniel Bellemare. Le même message transparaît d'ailleurs de la mise en garde lancée par les Russes contre toute politisation des activités du tribunal.
Le côté moins bon de ces interventions aux Nations unies, c'est la franche inquiétude exprimée par les orateurs face à ces mêmes manœuvres, laquelle faisait écho à toutes celles que formulait peu auparavant le secrétaire général Ban Ki-moon dans son rapport semestriel sur la mise en application de la résolution 1559. Car cette même préoccupation ne peut qu'inquiéter à son tour tous les Libanais qui voient dans le tribunal international la fin de l'ère de l'impunité, qui rejettent le vil chantage à la sécurité, qui se refusent à devoir payer de leur paix civile, de leur tranquillité et de leurs biens, sinon de leurs vies, le cours de la justice et le règne de la vérité.
Pour cette raison, il ne faut pas qu'inquiétude internationale soit seulement synonyme de résignation face au déroulement inexorable de ce double processus : ici une justice dont on nous assure que rien, absolument rien, ne pourra la faire dérailler, et là les promesses de fin du monde que multiplient à plaisir les ennemis du tribunal. Les puissances ne manquent pas de moyens pour tenir en respect les parrains régionaux des boutefeux. Et le comble serait pour les Libanais d'avoir à se faire du souci pour leur statut de puissances.
Issa Goraieb
igor@lorient-lejour.com.lb
Nombre de Libanais trouvent ainsi réconfort dans la belle santé que continue apparemment d'afficher une entente syro-saoudite pourtant précaire par définition. On veut y voir la volonté de ces deux partenaires forcés de ne pas s'affronter plus longtemps par Libanais interposés, de préserver et perpétuer sur notre sol ce trompeur semblant de normalité qui a pour nom...


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