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Le Livre de la Terre

Durant son bref séjour, il s'est appliqué à souffler le chaud et le froid : le froid au palais de Baabda, pour débiter les platitudes officielles de rigueur, puis le chaud dans les fiefs du Hezbollah pour défendre ses protégés perfidement visés par le Tribunal spécial pour le Liban et pour exalter une résistance islamique dont il est chaque jour un peu plus clair qu'elle n'a pas pour seul ou même principal objectif la lutte contre l'ennemi israélien.

De la visite que vient d'effectuer dans notre pays le président de la République islamique d'Iran peut être d'ores et déjà dressé un peu reluisant bilan, en dépit des accords signés. Déjà rachitique, l'autorité de l'État libanais ne sort guère grandie en effet de ce singulier happening au cours duquel l'hôte iranien, se comportant en hôte du Hezbollah davantage que du Liban, a battu en brèche les grandes options de Beyrouth. Cela dit, et que vous ayez ou non vécu cette semaine à l'heure du sieur Mahmoud Ahmadinejad, c'est ailleurs, très loin ailleurs, pratiquement aux antipodes du Liban, que la planète tout entière avait les yeux braqués pendant ce temps. C'est là-bas que se pressaient des centaines de journalistes accourus des quatre coins du globe, que tournaient sans relâche, sans grand souci pour le reste de l'actualité, les caméras des grandes chaînes de news internationales.

Du long et palpitant sauvetage des 33 ouvriers de la mine chilienne de San Jose bloqués par un éboulement depuis le 5 août dernier à 600 mètres sous la surface du sol, que d'enseignements il y avait à tirer, toutes races et sociétés confondues !

Que de confus mais tenaces rapprochements et comparaisons ont pu effleurer tout particulièrement des esprits libanais, et pas seulement parce que cette colossale opération Phénix avait été baptisée du nom antique de notre pays lequel, tel l'oiseau mythique, finit toujours par renaître de ses cendres !

Ce n'est pas seulement une leçon de courage que viennent d'administrer à l'humanité ces terrassiers des entrailles de la Terre, prisonniers des abysses, subsistant grâce à deux bouchées de thon en boîte et un demi-verre de lait par jour, guettés à tous les instants par toutes sortes de dangers, le moindre n'étant pas la dépression nerveuse et même la folie. C'est en fait une leçon de résistance que nous propose cette cauchemardesque odyssée : résistance à la lassitude, au désespoir et à la résignation, à l'abattement, à l'insidieuse tentation de baisser les bras, de tout laisser tomber. Leçon de sens des responsabilités, ensuite, que la détermination de ce chef d'équipe à ne se laisser évacuer que le dernier comme il sied à tout capitaine de navire, comme peu de leaders politiques locaux le feraient, hantés qu'ils sont en effet par leurs intérêts personnels. Leçon d'entraide internationale, de même, que cet élan de solidarité qui s'est propagé aux quatre coins du globe, que ce miracle de la technologie spatiale que fut cette nacelle de secours utilisée pour récupérer, un à un, les 33 otages de Dame Gê.

Reste le plus important, et c'est l'inestimable valeur de la vie humaine , toute vie humaine , dont attestent les formidables moyens mis en œuvre pour cette opération, mais aussi la fascination qu'a opérée sur des centaines de millions de téléspectateurs la détermination des gouvernements et des sauveteurs à remuer littéralement ciel et terre pour dégager les mineurs du Chili. Car tout le monde n'est pas ainsi fait, hélas. Il est ainsi des pays où l'on a vu abandonner à leur terrible sort des mineurs piégés dans leurs galeries, ou bien alors des sous-mariniers dont le bâtiment gisait, désemparé, au fond de l'océan. Il est encore des pays - l'Iran d'Ahmadinejad, tiens - où le culte du martyre tourne au sacrifice de masse, et où l'on a vu, durant la guerre avec l'Irak, des milliers d'adolescents chauffés à blanc par les mollahs se faire étriper sur les champs de mines pour frayer la voie aux combattants.

Comment, dès lors, ne pas songer à cette fabuleuse mine de valeurs, à ce havre de prospérité et de tranquillité qu'eut pu être notre pays si l'on ne s'ingéniait pas, du dedans comme du dehors, à l'asphyxier, à le claquemurer au trente-sixième sous-sol, à en faire un va-t-en-guerre, un brûlot, une bombe à retardement au service des manipulateurs régionaux ?

L'épisode Ahmadinejad c'était, tout compte fait, l'improbable rencontre de deux planètes sur le mouchoir de poche libanais.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Durant son bref séjour, il s'est appliqué à souffler le chaud et le froid : le froid au palais de Baabda, pour débiter les platitudes officielles de rigueur, puis le chaud dans les fiefs du Hezbollah pour défendre ses protégés perfidement visés par le Tribunal spécial pour le Liban et pour exalter une résistance islamique dont il est chaque jour un peu plus clair qu'elle n'a pas pour seul ou même principal objectif la lutte contre l'ennemi israélien.De la visite que vient d'effectuer dans notre pays le président de la République islamique d'Iran peut être d'ores et déjà dressé un peu reluisant bilan, en dépit des accords signés. Déjà rachitique, l'autorité de l'État...