Terre d'asile et d'hospitalité, ce qui a fait sa spécificité sans manquer parfois de lui jouer de mauvais tours, le Liban a vu venir puis s'en aller, au fil des siècles, bien des conquérants. Notre pays a vu par ailleurs défiler sur son sol une foule de puissants, débarquant cette fois en hôtes de marque, sinon nécessairement en amis : des célèbres et des quasi-inconnus, des géants de légende et aussi des roitelets d'opérette. Rarement toutefois, visite officielle aura été plus controversée, au plan populaire, que celle qu'entame aujourd'hui Mahmoud Ahmadinejad.
La très singulière personne du président iranien n'y est pas pour peu. Homme de toutes les outrances au sourire rien moins qu'engageant, réélu à son poste à la faveur d'une gigantesque fraude, sévissant avec férocité contre des millions de contestataires, Ahmadinejad ne risque de séduire que ceux des Libanais qui ne demandent qu'à se laisser séduire. C'est en ami du Liban - de tout le Liban - que se pose pourtant ce sulfureux roi mage qui apporte dans sa hotte catalogues de joujoux de militaires et offres de crédits pour le ravitaillement en courant électrique et en eau.
Or même s'il le voulait sincèrement, ne pourrait être vraiment l'ami de tout le Liban le représentant d'un système qui est l'antithèse même du Liban : système au sein duquel Ahmadinejad, tout président qu'il soit, fait figure d'exubérante marionnette des mollahs. Ne peut être l'ami du Liban une république théocratique notoirement vouée à la protection et à la domination armée d'une communauté bien précise, d'une pièce unique de la fragile mosaïque libanaise. Pas plus que ne peut être objectivement l'ami du Liban un Iran s'acharnant à faire du pays arabe le moins prédestiné aux vocations guerrières - le Liban, encore lui - la base avancée de ses aspirations impériales.
Peu nous chaut en vérité que Mahmoud Ahmadinejad se rende ou non finalement à la porte de Fatima lancer des cailloux sur Israël. Car même si les services du protocole sont apparemment parvenus à convaincre les Iraniens d'éliminer du programme de la visite ce genre de gesticulations, le mal est déjà fait. Le scandale est patent, et il réside dans le fait, indiscutable, que Mahmoud Ahmadinejad, en dépit des entretiens qu'il aura avec les officiels, est davantage l'hôte du Hezbollah que de l'État libanais, qu'il s'agisse de son accueil, de l'encadrement de sa délégation ou de sa protection rapprochée. De ce scandale, le président iranien n'est pas seul responsable cependant. La milice s'étant assuré comme on sait, et par les moyens que l'on sait, la jalouse direction des chiites libanais, quelle crédibilité peuvent encore revêtir ses appels à l'entente et à l'harmonie communautaires, au consensus, quand elle témoigne de ses obédiences avec autant d'outrecuidance ?
En tout point admirable était, en vérité, la campagne de reboisement du Liban lancée le week-end dernier devant les caméras, plant de conifère en main, par Hassan Nasrallah. Davantage que les maquis cependant, ce sont les cœurs et les consciences qu'il serait fort bienvenu de reboiser. Avec du cèdre.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
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