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Au non de la loi

Un acte bassement politique, un outil d'oppression et d'intimidation manié contre la victime d'une injustice, que ces poursuites judiciaires qui viennent d'être engagées contre un homme qui ne faisait que clamer sa quête de vérité...

On l'aura deviné, une aussi belle envolée lyrique, une aussi vertueuse indignation, un aussi vibrant cri de révolte face à l'arbitraire s'acharnant sur les faibles ne pouvaient émaner que d'un parti aussi notoirement épris de démocratie, aussi respectueux des institutions étatiques que le Hezbollah. Dans un communiqué hier, celui-ci sommait pratiquement le parquet de faire marche arrière et de concentrer plutôt ses efforts sur la recherche des fameux faux témoins dont les dépositions mensongères auraient, à l'en croire, ôté toute crédibilité au Tribunal spécial pour le Liban.

Quant à l'innocente victime, on l'aura deviné aussi, elle n'est autre que ce général à la retraite qui dit avoir été l'objet de dénonciations calomnieuses, lesquelles lui ont valu quatre années d'emprisonnement dans le cadre de l'enquête sur le meurtre de Rafic Hariri avant une salutaire libération pour absence d'éléments de preuves suffisants : de quoi expliquer - convenez-
en, allez - la sainte colère qui l'a saisi quand, dimanche dernier, il a appelé à la disparition de l'État, abreuvant d'injures officiels, députés, magistrats et journalistes, et se répandant en menaces contre le Premier ministre. Au crédit du même personnage, atteint dans son honneur et cruellement privé de sa liberté, on rappellera à ceux qui l'auraient oublié sa haute et très zélée contribution aux flagrantes et systématiques violations de la loi, aux arrestations arbitraires et autres atteintes aux droits civiques qui ont émaillé quinze années de tutelle syrienne sur le Liban.

Par-delà ses déboires judiciaires, le général Jamil Sayyed obtenait partiellement satisfaction hier quand le juge de mise en état du tribunal de La Haye lui accordait un accès limité aux pièces du dossier concernant son arrestation : de cette autorisation sont exclus en effet tous les éléments susceptibles de compromettre les enquêtes, de porter atteinte à des droits fondamentaux, ou encore d'affecter la sécurité nationale ou internationale. Pour classique et même routinière qu'elle soit, la formule ne manque pas de piquant. C'est bien sur leur prétendu souci de la sécurité nationale en effet que le Hezbollah et ses amis fondent leur hostilité déclarée au Tribunal spécial pour le Liban, accusé d'œuvrer sciemment à une confrontation sunnito-
chiite, la cauchemardesque fitna ; mais dans les faits, ce sont bien eux qui pratiquent ouvertement le chantage à la guerre civile pour tenter de dévier le cours de la justice internationale.

Ils avaient commencé par n'admettre que du bout des lèvres la nécessité d'un recours à de telles instances, compte tenu de l'incapacité avérée de la justice locale de gérer d'aussi formidables dossiers que ceux des attentats répétés contre des dirigeants et des leaders d'opinion libanais. On les a vus de même paralyser le gouvernement à coups de démissions et ensuite verrouiller les portes du Parlement, on les a vus occuper durablement le centre-ville de la capitale, tout cela en usant des prétextes les plus divers, encore que leur objectif réel - le tribunal - crevait les yeux.

Depuis, les masques sont tombés et ils en sont venus à voir dans le TSL un instrument d'Israël. Ou encore à réclamer que soit donnée la priorité à la futile affaire des faux témoins (futile car n'ayant en rien affecté le cours de l'enquête) sur celle des odieux assassinats qui ont endeuillé le Liban. Jeudi encore, ils tentaient de bloquer en commission parlementaire le financement partiel, par l'État, des frais de fonctionnement de la juridiction internationale.

Ils savent bien que le nerf de la guerre, de toute guerre, c'est l'argent ; ce qu'ils ne savent pas, c'est que ce sont eux-mêmes que guette la démonétisation.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Un acte bassement politique, un outil d'oppression et d'intimidation manié contre la victime d'une injustice, que ces poursuites judiciaires qui viennent d'être engagées contre un homme qui ne faisait que clamer sa quête de vérité...On l'aura deviné, une aussi belle envolée lyrique, une aussi vertueuse indignation, un aussi vibrant cri de révolte face à l'arbitraire s'acharnant sur les faibles ne pouvaient émaner que d'un parti aussi notoirement épris de démocratie, aussi respectueux des institutions étatiques que le Hezbollah. Dans un communiqué hier, celui-ci sommait pratiquement le parquet de faire marche arrière et de concentrer plutôt ses efforts sur la recherche des fameux faux témoins dont les...