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Terre et paix

C'est dans des conditions rien moins que favorables qu'une Autorité palestinienne autonome réduite à sa plus simple expression, portée à bout de bras par les États modérés arabes, vient de se résoudre à une reprise des négociations directes avec Israël.

Face à un Benjamin Netanyahu affichant une arrogante assurance, Mahmoud Abbas croule en effet sous le poids des handicaps. En fait d'autorité, celle qu'il préside n'en détient et exerce aucune sur une notable fraction de son propre peuple, emmenée par les irréductibles du Hamas. Pour contrer une féroce concurrence, il n'a même pas à offrir aux siens ne serait-ce qu'un allègement notable du blocus de Gaza. À la veille même des pourparlers de Washington, l'État hébreu a par ailleurs fait savoir que le moratoire sur la construction de colonies juives en Cisjordanie - une concession de pure forme arrachée de haute lutte par Barack Obama - ne sera pas prorogé au-delà du 24 septembre comme le réclament avec insistance les Palestiniens. Qu'arrivera-t-il alors ? C'est une réponse désarmante de cynique candeur qu'a fournie le président américain quand il a lancé cet avertissement à l'adresse du seul Mahmoud Abbas : Ne songez pas à quitter la négociation car le perdant, ce sera vous...

Un tel verdict à l'unilatérale est indigne certes de l'homme le plus puissant de la planète, un homme qui de surcroît a essuyé affront sur affront de la part de son intraitable protégé israélien. Reste hélas que cette mise en garde illustre effectivement la véritable impasse stratégique dont est prisonnier le peuple palestinien. Pour qui travaille le temps ? Il y a des décennies déjà que s'affrontent les thèses, voulant les unes que l'État hébreu, en dépit de son écrasante supériorité militaire, finisse par se diluer sous l'inexorable pression de la démographie arabe, et les autres qu'il réussisse à s'imposer irrémédiablement au contraire dans un environnement systématiquement morcelé. N'en déplaise aux théoriciens cependant, le présent se trouve allègrement écarté des savants échafaudages des uns et des autres, un cruel présent d'exode qui n'en finit pas de durer depuis la Nakba (catastrophe) de 1948, un présent de dispersion et de stérile violence qui menace déjà d'hypothéquer l'avenir.
Car ce n'est visiblement pas de paix qu'est en quête Israël, mais de terre et de paix, ou bien alors de terre sans la paix. Se prêter à une négociation dans un tel état de déséquilibre et d'inégalité des forces, c'est aider Netanyahu et consorts à gagner du temps et à grignoter, lentement mais sûrement, ce qui reste de la Palestine ; mais s'y refuser, comme le déconseille Obama, n'est-ce pas aussi permettre à Israël de digérer tranquillement les Territoires ? Ce dilemme aurait pu être contourné par l'option de la lutte armée. Pas telle qu'elle est pratiquée cependant, pas telle qu'elle est financée, manipulée et exploitée à des fins d'expansionnisme politique et idéologique absolument étrangères à la cause sacrée.

Fracture nationale et allégeances hors frontières ont toujours été les deux plaies de la Palestine. Ce qui a changé, c'est qu'à la vieille distinction entre Palestiniens du dedans et ceux de la diaspora est venue se superposer, parfois sous forme de guerre civile, l'âpre rivalité entre Ramallah et Gaza ; de même, ce ne sont plus des États arabes qui gèrent l'utopique projet d'une guerre de mille ans, mais une république islamique d'Iran soucieuse d'étendre son influence à la région tout entière par le truchement de Hamas et du Hezbollah.

Division, allégeances : sinistre paire accablant les infortunés Palestiniens, mais dont la seule évocation devrait épouvanter celui qui fut naguère le plus envié des peuples arabes, le libanais.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
C'est dans des conditions rien moins que favorables qu'une Autorité palestinienne autonome réduite à sa plus simple expression, portée à bout de bras par les États modérés arabes, vient de se résoudre à une reprise des négociations directes avec Israël.Face à un Benjamin Netanyahu affichant une arrogante assurance, Mahmoud Abbas croule en effet sous le poids des handicaps. En fait d'autorité, celle qu'il préside n'en détient et exerce aucune sur une notable fraction de son propre peuple, emmenée par les irréductibles du Hamas. Pour contrer une féroce concurrence, il n'a même pas à offrir aux siens ne serait-ce qu'un allègement notable du blocus de Gaza. À la veille même des...