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Retour en grâce

Chez elle comme au dehors, elle n'a cessé d'être traitée en mineure, incapable de se débrouiller toute seule. Mineure dans ses propres murs d'abord car forcée d'admettre que, pour faire face à un ennemi surpuissant, elle avait besoin du concours d'une milice devenue en réalité, au fil des ans, son émule, sinon sa rivale. Mineure ensuite aux yeux d'un Israël qui l'a traditionnellement considérée avec le plus grand dédain et qui la tient néanmoins pour responsable de tout dérapage. Et mineure enfin au regard d'une Amérique obnubilée par la sécurité de l'État juif et qui ne consent à lui livrer (et encore, avec parcimonie) que du matériel strictement défensif.

 

Durant près de deux décennies, il fut absolument interdit à l'armée libanaise de stationner dans le Sud. C'eut été en effet, professait-on stupidement à l'ère de l'occupation syrienne, faire de la troupe régulière, déployée à la frontière, le gardien de la sécurité d'Israël. De la sécurité du Liban lui-même, nul alors ne semblait s'alarmer, du moment qu'elle était confiée aux bons soins de la Résistance islamique.


C'est dire qu'il aura fallu la résolution 1701 de l'ONU, consécutive à la dévastatrice guerre de l'été 2006, pour faire un sort à cette incroyable hérésie, pour ramener l'armée au Liban-Sud, où étaient substantiellement augmentés les effectifs de la Force intérimaire internationale : le Hezbollah, malgré sa divine victoire, s'étant vu refouler au nord du fleuve Litani. Il aura fallu aussi hélas les dernières frictions survenues entre la Finul et des villageois pour étoffer la présence de la troupe dans la région, comme le stipule cette même résolution 1701 quotidiennement violée en long et en large, sur terre, sur mer et dans les airs, par Israël.


Le sanglant accrochage du 3 août dans la localité de Adaïssé est-il vraiment un tournant dans la confrontation permanente à la frontière comme s'en réjouit bruyamment la classe politique libanaise, comme s'en effare de son côté l'ennemi ? Oui et non. La combativité dont a fait preuve la troupe, et qui en a agréablement surpris plus d'un, pourrait effectivement traduire la détermination du haut commandement militaire à se placer à la pointe de ces mêmes préoccupations souverainistes que brandissent, chacune à sa manière, les fractions politiques les plus diverses.


De là à parler de hezbollahisation de l'armée, comme le font les Israéliens qui en profitent pour redoubler de menaces, il y a loin cependant. Comble d'ironie, c'est d'Israël même d'ailleurs, et plus précisément par la voie d'un article courageusement lucide du quotidien Haaretz, que sera venue la meilleure (bien meilleure en tout cas que tout ce qu'a pu produire la diplomatie libanaise), la plus cinglante, la plus solidement argumentée des réponses à ces allégations. Dans ce texte que nous reproduisions dans notre édition d'hier est évoquée dans le détail, en effet, l'arrogance du comportement israélien, les militaires libanais, pour leur part, ayant eu le culot de croire que leur boulot est de défendre la souveraineté de leur pays !


Reste à souligner que ce n'est pas une quelconque hezbollahisation de l'armée qu'est en droit d'appréhender le Liban. C'est plutôt l'inverse, à savoir la poursuite effrénée de l'étatisation, au sein de l'État, du Hezbollah : processus que ne font qu'alimenter, comble d'ironie, l'occupation prolongée des fermes de Chebaa, les provocations, agressions et manœuvres de diversion israéliennes.


Pourquoi la milice refuse-t-elle avec autant d'obstination de s'intégrer au sein de l'armée régulière, comme le commandent le bon sens et l'intérêt bien compris du pays, sinon pour préserver une liberté d'action qui lui confère en définitive la décision de paix ou de guerre ? Pourquoi dénier cette prérogative au gouvernement dit d'unité nationale, au sein duquel elle est dûment représentée pourtant, si ce n'est pour des considérations notoirement extralibanaises ?


Pourquoi aussi cette féroce guerre préventive lancée contre le Tribunal spécial pour le Liban, pourquoi enfin avoir soustrait, des années durant, à cette instance des indices et preuves incriminant, selon elle, Israël dans l'affaire des assassinats terroristes perpétrés contre le Liban ?


Il ne faut pas que les trois arbrisseaux déracinés de Adaïssé, pour lesquels le sang se devait de couler, en viennent à cacher la forêt...

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Chez elle comme au dehors, elle n'a cessé d'être traitée en mineure, incapable de se débrouiller toute seule. Mineure dans ses propres murs d'abord car forcée d'admettre que, pour faire face à un ennemi surpuissant, elle avait besoin du concours d'une milice devenue en réalité, au fil des ans, son émule, sinon sa rivale. Mineure ensuite aux yeux d'un Israël qui l'a traditionnellement considérée avec le plus grand dédain et qui la tient néanmoins pour responsable de tout dérapage. Et mineure enfin au regard d'une Amérique obnubilée par la sécurité de l'État juif et qui ne consent à lui livrer (et encore, avec parcimonie) que du matériel strictement défensif.
 
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