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Chantages en chœur

L'un multiplie menaces, provocations et agressions, telle celle, la plus grave depuis quatre ans, perpétrée hier contre une position de l'armée dans la localité frontalière de Adaïssé. L'autre n'a cessé de promettre le pire aux Libanais si l'on s'avisait seulement de toucher à son armement, allant jusqu'à faire main basse sur la moitié de la capitale en 2008 pour montrer que ce n'étaient pas là paroles en l'air. Et pour comble, ces deux ennemis jurés se retrouvent étrangement d'accord pour évoquer, chacun à sa manière, les mêmes fuites faisant état d'une implication de dirigeants du Hezbollah dans l'assassinat de Rafic Hariri, de même que pour prédire de graves troubles sectaires à la minute même où le Tribunal spécial pour le Liban sera saisi d'un acte d'accusation.

 

Qu'une telle éventualité ne puisse que combler d'aise l'ennemi israélien, c'est l'évidence même. Des heurts entre sunnites et chiites libanais feraient faire à l'État hébreu l'économie d'une guerre coûteuse. Mieux encore, de tels incidents ne feraient qu'accentuer la ligne de fracture qui parcourt déjà, de long en large, le monde arabo-musulman : clivage auquel Israël lui-même n'avait pas peu contribué d'ailleurs, en fournissant par des moyens détournés munitions et pièces de rechange à l'Iran, durant la guerre qui l'opposait à l'Irak.


Mais que peuvent donc gagner des Libanais à agiter avec une telle frénésie le spectre de la scélérate fitna ? N'accréditent-ils pas de la sorte les mêmes et terrifiantes prévisions israéliennes contre lesquelles ils se récrient ? Si le fratricide choc venait à survenir, n'y seraient-ils pas forcément partie - partie ô combien agissante, car formidablement armée ! - du moment qu'il faut être deux pour danser le fatal tango ?

 

Le spectaculaire sommet tripartite syro-saoudo-libanais réuni vendredi dernier au palais présidentiel de Baabda s'était assigné pour principal objectif de rasséréner un discours politique local parvenu au point d'ébullition, après les accusations qu'a lancées le Hezbollah contre le Tribunal spécial mais aussi - et là réside le plus grave - contre tous ceux qui continuent de croire dans l'intégrité de la justice internationale. Ces conseils d'apaisement ont-ils vraiment été suivis ? Certes pas, à commencer par l'un des donneurs de conseils : reprochant au tribunal de poursuivre des objectifs politiques, le ministre syrien des AÉ reprenait dès dimanche à son compte le vieux chantage à la sécurité, affirmant que l'entrée en activité de cette instance mettrait en péril la stabilité au Liban.


À son tour et malgré une très relative modération du ton, Hassan Nasrallah n'a pas manqué de réitérer ses accusations contre la justice internationale. De là où il qualifiait le TSL d' instrument israélien, le chef du Hezbollah en est désormais à accuser carrément Israël d'avoir fait assassiner Rafic Hariri, affirmant en détenir lui-même la preuve. Mais peut-être le point le plus remarquable de son discours d'hier réside-t-il dans le sibyllin message qu'il a lancé à propos de l'incident libano-israélien de Adaïssé : autant en effet il a loué la vigoureuse réaction de l'armée aux violations ennemies, autant il s'est posé en acteur incontournable, sinon principal, pour tout ce qui a trait à la paix ou à la guerre.


Tout cela ne contribue pas trop, en définitive, à la crédibilité de l'éphémère sommet de l'apaisement. Cela sans parler de la tortueuse, de l'extravagante mission dont aurait accepté de s'affubler le roi Abdallah d'Arabie à la demande du chef du Hezbollah, très sérieusement formulée lors de sa conférence de presse de la semaine dernière. Il s'agirait en effet pour le monarque de faire jouer ses excellentes relations avec les grandes puissances afin qu'à leur tour elles usent de leur influence auprès de l'ONU pour faire taire la justice internationale. Avant même qu'elle ait dit son premier mot.

 

Issa Goraieb
igor@lorient-lejour.com.lb

L'un multiplie menaces, provocations et agressions, telle celle, la plus grave depuis quatre ans, perpétrée hier contre une position de l'armée dans la localité frontalière de Adaïssé. L'autre n'a cessé de promettre le pire aux Libanais si l'on s'avisait seulement de toucher à son armement, allant jusqu'à faire main basse sur la moitié de la capitale en 2008 pour montrer que ce n'étaient pas là paroles en l'air. Et pour comble, ces deux ennemis jurés se retrouvent étrangement d'accord pour évoquer, chacun à sa manière, les mêmes fuites faisant état d'une implication de dirigeants du Hezbollah dans l'assassinat de Rafic Hariri, de même que pour prédire de graves troubles sectaires à...