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À l’heure des rois mages

Une abaya aux larges plis, et qui plus est une abaya royale (et même deux !), cela suffit-il vraiment pour étouffer ce malin feu follet qui menace depuis quelques jours d'embraser le Liban ? Attendu vendredi prochain à Beyrouth où il prêchera le calme et la modération, le roi Abdallah d'Arabie constatera qu'il y a là des convertis qui ne demandent qu'à se laisser convaincre, mais aussi des boutefeux, décidés quant à eux à agiter la menace du pire, à seule fin de conserver, ou même de consolider, leurs acquis.

 

Voilà pourquoi le souverain wahhabite se sera efforcé la veille, à Damas, d'associer concrètement, physiquement même, Bachar el-Assad à sa démarche en le pressant de l'accompagner à Beyrouth, tant il est vrai qu'avec deux prédicateurs, le message peut être capté de tous. Toujours est-il qu'à peine clôturée la visite-éclair du roi, c'est l'émir du Qatar, un des rares dirigeants arabes en excellents termes avec la quasi-totalité des États de la région, qui viendra prodiguer des soins intensifs à ce qui est en quelque sorte son bébé : c'est-à-dire cet accord interlibanais de Doha conclu en 2008, qui entraîna la levée du sit-in de l'opposition dans le centre-ville de la capitale et permit l'élection d'un président de la République.

 

Le prix en était, comme on sait, un spectaculaire abâtardissement du système démocratique libanais, illustré par l'octroi à la minorité parlementaire d'un droit de veto au sein d'un gouvernement d'unité nationale. En guise de lot de consolation, deux engagements furent arrachés à l'opposition gravitant autour du Hezbollah : plus jamais de démissions intempestives de ministres provoquant une paralysie du pouvoir ; et surtout, plus de recours à la force paramilitaire pour imposer ses vues aux autres fractions, comme cela s'était vu quelques mois auparavant.

 

De démissions il n'est pas encore question à ce jour. Mais le spectre de la violence, épouvantable bien que diffus (guerre civile ou guerre tout court), est bien là, lui. Il est là, empoisonnant la vie politique, compromettant la saison touristique et instillant la terreur dans les esprits depuis que Hassan Nasrallah a entrepris, à coups d'allocutions télévisées, d'avertir les citoyens que le ciel allait leur tomber sur la tête si jamais le Tribunal spécial s'avisait seulement d'incriminer des membres de sa milice.

 

Du dernier en date des épisodes de ce feuilleton-catastrophe, diffusé dimanche, on aura surtout retenu la singulière idée d'une commission spéciale libanaise, ministérielle, parlementaire, judiciaire, sécuritaire ou autre, qui se chargerait d'examiner le cas des faux témoins dont les dépositions avaient conduit à l'incarcération de quatre généraux. Or ce ne serait rien d'autre là que le début de libanisation d'une justice qui ne pouvait avoir quelque chance de châtier ou pour le moins de dissuader les assassins que parce qu'elle relevait précisément de l'ONU. Si un tribunal à caractère international existe au grand dam de certains, c'est bien parce que les juges libanais, et avec eux les ministres, députés et même responsables sécuritaires, sont particulièrement exposés aux pressions, intimidations et menaces : toutes contraintes amplement éprouvées - et prouvées - ces dernières années.
 
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Une abaya aux larges plis, et qui plus est une abaya royale (et même deux !), cela suffit-il vraiment pour étouffer ce malin feu follet qui menace depuis quelques jours d'embraser le Liban ? Attendu vendredi prochain à Beyrouth où il prêchera le calme et la modération, le roi Abdallah d'Arabie constatera qu'il y a là des convertis qui ne demandent qu'à se laisser convaincre, mais aussi des boutefeux, décidés quant à eux à agiter la menace du pire, à seule fin de conserver, ou même de consolider, leurs acquis.
 
Voilà pourquoi le souverain wahhabite se sera efforcé la veille, à Damas, d'associer concrètement, physiquement même, Bachar el-Assad à sa démarche en le pressant de l'accompagner...