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Extravoyances

Une perfide conspiration dont l'instrument est le Tribunal spécial pour le Liban et qui vise spécifiquement - exclusivement, même ! - le Hezbollah : les accusations et mises en garde lancées par Hassan Nasrallah dans sa conférence de presse de jeudi constituent la suite logique et naturelle du discours qu'il prononçait la semaine dernière et dans lequel il qualifiait déjà la justice internationale d'entreprise israélienne. On n'y relève pas moins cependant plus d'un élément nouveau et parfois plus d'une allusion troublante, sur lesquels le chef de la milice chiite se promet et nous promet de revenir dans le prochain épisode de ce feuilleton savamment décliné en prime time sur la quasi-
totalité des chaînes de télévision du pays.

La première de ces nouveautés est l'affirmation péremptoire que le tribunal n'attend plus que le moment opportun pour publier l'acte d'accusation dans l'affaire de l'assassinat en 2005 de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri puisque celui-ci est bouclé depuis non moins de deux ans. Bouclé et bâclé, soutient Nasrallah, puisque les enquêteurs ne se sont jamais souciés d'explorer la piste israélienne, ce qui suffit pour disqualifier purement et simplement la juridiction internationale. Le sayyed a fait montre d'ailleurs du même et incroyable aplomb quand il a demandé le rétablissement à leur poste, ne serait-ce que pour une durée symbolique d'un an, des quatre généraux arrêtés puis remis en liberté dans le cadre de l'enquête. Non moins hardie est l'invitation faite aux dirigeants du 14 Mars de prendre exemple sur le leader druze Walid Joumblatt pour se livrer à une autocritique de leur gestion passée, maintenant qu'ils ont repris langue avec cette même Syrie qu'ils avaient longtemps clouée au pilori.

Car - et c'est là l'élément vraiment nouveau dans ces révélations à caractère prophétique - ce pays traité en principal suspect, puis en paria, se retrouverait bientôt, toujours à en croire leur auteur, totalement mis hors de cause. Nasrallah s'en est évidemment réjoui, s'attachant à rappeler avec quelle constance il s'était tenu aux côtés de l'allié syrien tout au long de ces années d'injustes brimades. Sous le large sourire cependant, d'aucuns ont cru déceler une pointe de désarroi, sinon d' irritation, à la perspective d'une traversée en solo du désert des suspicions internationales. Tout se passant, pour les tenants de cette thèse, comme si Damas avait négocié avec succès un accommodement avec les puissances occidentales, ce clair début de réhabilitation ayant été précédé, en Syrie même, du suicide d'un général et de plus d'un assassinat, dont celui du chef militaire du Hezbollah Imad Moghnié.

Quoi qu'il en soit, c'est avec hauteur que le Hezbollah exclut, en ce qui le concerne, toute éventualité d'accommodement ou de compromis. Son chef a indiqué avoir rejeté l'offre d'un Saad Hariri animé de bonne volonté et soucieux de stabilité, qui se portait volontaire pour classer publiquement sous la rubrique éléments incontrôlés ou indisciplinés les militants du parti qui viendraient à être incriminés. Nasrallah a néanmoins pressé son interlocuteur de s'en aller convaincre les puissances d'arrêter une partie truquée dont le Liban tout entier risque de faire les frais.

Ne faisait-il que placer la balle dans le camp d'un Premier ministre manifestement gagné à la cause de la realpolitik ? Était-ce là plutôt, malgré ses dénégations, un appel du pied pour la recherche d'une issue honorable, comme le suggère cette petite phrase passée étrangement inaperçue, où il était question d'une magouille dont nous sommes tous victimes, d'une situation difficile pour nous tous, mais qui commande aux uns et aux autres de songer aux exigences de l'intérêt national ?

Taux d'audience garanti pour le prochain épisode.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Une perfide conspiration dont l'instrument est le Tribunal spécial pour le Liban et qui vise spécifiquement - exclusivement, même ! - le Hezbollah : les accusations et mises en garde lancées par Hassan Nasrallah dans sa conférence de presse de jeudi constituent la suite logique et naturelle du discours qu'il prononçait la semaine dernière et dans lequel il qualifiait déjà la justice internationale d'entreprise israélienne. On n'y relève pas moins cependant plus d'un élément nouveau et parfois plus d'une allusion troublante, sur lesquels le chef de la milice chiite se promet et nous promet de revenir dans le prochain épisode de ce feuilleton savamment décliné en prime time sur la quasi-totalité des chaînes de...