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Télécombles

On la voyait venir, celle-là, à peine était annoncée la première des arrestations opérées au sein du personnel technique de l'opérateur de téléphonie mobile alfa. Et c'est Hassan Nasrallah qui, prenant le relais de ses lieutenants, l'a déclinée sans ambages dans son apparition télévisée d'hier.

 

La thèse est d'une déroutante simplicité : non seulement le système de télécommunications sans fil est infiltré de longue date par les services secrets israéliens, mais il reste complètement noyauté, pourri jusqu'à la moelle. Pour le chef du Hezbollah, les ravages ne se limitent pas, dès lors, aux seules écoutes auxquelles ont été soumis hommes politiques et institutions publiques. C'est en effet la totalité des informations recueillies auprès de ce système qui se retrouvent dévaluées, sinon frappées de nullité, car elles ont pu être manipulées, déformées ou fabriquées de toutes pièces par l'ennemi. C'est plus précisément le cas de celles réunies par les investigateurs internationaux enquêtant sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri et qui constituent la clé de voûte de l'acte d'accusation dont sera saisi, à l'automne prochain, le Tribunal spécial pour le Liban. Du coup, assure Nasrallah, c'est tout un perfide complot visant la milice chiite qui s'effondre comme château de cartes...


D'autant plus remarquable est cette attaque frontale contre le tribunal qu'elle se double de demandes d'éclaircissements (Étiez-vous seulement au courant ?) adressées au service de renseignements relevant des Forces de sécurité intérieure, au ministre de tutelle et jusqu'au Premier ministre, alors que les renseignements de l'armée étaient, en revanche, couverts d'éloges. La distinction ainsi faite entre ces deux services sécuritaires n'est ni nouvelle ni évidemment fortuite. Ce qui est nouveau, c'est le dangereux climat de chasse aux sorcières savamment instauré à la faveur d'une affaire alfa qui offre au Hezbollah l'occasion de faire d'une pierre deux coups : discréditer le stock d'indices détenu par les enquêteurs internationaux et justifier a posteriori l'insistance de la milice à se doter d'un système privé de télécommunications dont son chef assurait, hier encore, qu'il est absolument impénétrable.


Fréquentes dans le jargon politique, ces derniers temps, sont ainsi les accusations de trahison. Elles ont été proférées à propos de dons de gouvernements étrangers - et plus précisément occidentaux - au Liban, même quand ces fonds étaient destinés à financer des projets de développement : le plus renversant étant que ces accès de xénophobie sont le fait, pour l'essentiel, d'un parti créé, façonné et encadré par un État étranger, un État même pas arabe ; un parti armé, entraîné par cet État et dont les chefs tirent publiquement fierté de leur allégeance, tant matérielle que morale, au guide suprême de la République islamique d'Iran ; last but not least, puisqu'il a été question d'argent pas très propre car provenant des États-Unis, un parti généreusement financé, quant à lui, par Téhéran.


Avec la France, ces pères la vertu n'ont pas de problème de gros sous. Mais ils en ont un de tatillonne sémantique, dont ils prennent prétexte pour réclamer à cor et à cri l'amendement de la convention de sécurité signée avec Paris. Celle-ci prévoit une coopération accrue entre les deux pays en matière de lutte contre le trafic de drogue et le blanchiment d'argent, mais aussi contre le terrorisme. Elle avait été approuvée en son temps, sans la moindre objection, par le Conseil des ministres. Mais depuis qu'il a poussé à la roue des sanctions internationales contre l'Iran (et les attaques contre le contingent français de la Finul l'ont bien montré), l'Hexagone n'est plus en odeur de sainteté auprès du parti de Dieu.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

On la voyait venir, celle-là, à peine était annoncée la première des arrestations opérées au sein du personnel technique de l'opérateur de téléphonie mobile alfa. Et c'est Hassan Nasrallah qui, prenant le relais de ses lieutenants, l'a déclinée sans ambages dans son apparition télévisée d'hier.
 
La thèse est d'une déroutante simplicité : non seulement le système de télécommunications sans fil est infiltré de longue date par les services secrets israéliens, mais il reste complètement noyauté, pourri jusqu'à la moelle. Pour le chef du Hezbollah, les ravages ne se limitent pas, dès lors, aux seules écoutes auxquelles ont...