La foi, dit-on, peut déplacer des montagnes. Et il est tout de même remarquable que le président consensuel d'un pays fracturé s'efforce de faire oublier son dramatique manque de moyens en étalant une aussi belle et rassurante confiance.
C'est un été florissant qui est là, nous annonce ainsi Michel Sleiman, citant le nombre élevé de touristes, vacanciers et expatriés arrivés ces derniers jours au Liban. Recevant un groupe de consuls honoraires, le chef de l'État a gardé tout son sérieux quand il a vu dans cette belle affluence le reflet de la stabilité politique et sécuritaire dont jouit le pays. C'était oublier un peu vite que la sécurité commence dès la descente d'avion : là même où quelques heures auparavant, un individu avait réussi à gagner la piste d'envol avant de s'introduire dans le logement du train d'atterrissage d'un appareil saoudite qui s'apprêtait à décoller.
On tremble rétrospectivement à l'idée que le resquilleur aurait pu être un terroriste suicidaire bardé d'explosifs. Toujours est-il que c'est à l'état de glaçon qu'est arrivé en Arabie le malheureux, un dérangé mental selon les premiers résultats de l'enquête. Là ne s'arrête pas pour autant cette histoire de fous. Car si le chef de la sécurité de l'Aéroport prend les devants en offrant immédiatement sa démission, ce n'est pas, comme on pourrait croire, pour avoir failli à sa fonction, mais pour protester contre la prolifération des instances sur place qui, affirme-t-il, rend impossible tout contrôle sérieux. Propos qui ne laisse pas d'étonner quand on se souvient que ce même officier avait été mis en cause, en 2007, dans l'affaire des caméras de surveillance plantées par le Hezbollah sur les pistes de l'aéroport ; la milice avait pris prétexte de son limogeage, peu après annulé en catastrophe, pour opérer son sanglant coup de force dans la capitale et en province. Toujours est-il que le général Wafic Choucair se voit octroyer une mise en congé d'un mois : son remplacement éventuel nécessitant en effet, comme à chaque nomination de haut fonctionnaire, d'âpres et interminables marchandages entre les diverses forces locales rassemblées au sein du gouvernement dit d'unité nationale.
Cela dit, la sécurité de l'aéroport, c'est aussi celle de la route qui y mène : celle-là même où en dépit des barrages de contrôle de l'armée, des hommes armés réussissaient il y a plus d'un an à kidnapper un technicien dont on demeure, depuis, sans nouvelles. Et tant qu'à parler de routes, la sécurité reste des plus aléatoires dans ces meurtrières pistes de rodéo que sont les voies à circulation rapide, et cela en dépit des mesures promises par le ministre de l'Intérieur.
Quant à la stabilité politique dont se réjouit le chef de l'État, il faudrait une solide dose d'optimisme pour la déceler, à travers tous les écueils qui parsèment l'horizon. Comme si les violations et menaces israéliennes n'étaient pas encore assez, c'est à la force intérimaire de l'ONU que s'en prend la subversion pour tenter de neutraliser la résolution 1701 du Conseil de sécurité : l'armée se voyant réduite à un bizarre statut de conciliateur entre la Finul et une population rameutée par la milice, de là où elle était censée multiplier elle-même patrouilles et descentes, à la recherche de caches d'armes clandestines.
C'est un peu le même monde à l'envers qu'illustre la requête administrative présentée au Tribunal spécial pour le Liban par un des généraux incarcérés durant quatre ans dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri, et qui exige l'accès aux éléments confidentiels réunis par les investigateurs : lesquels éléments ne seront connus que dans quelques mois avec la publication, attendue et redoutée à la fois, de l'acte d'accusation. Encore plus loufoque enfin est ce marathon engagé au Parlement pour l'octroi de droits civiques aux réfugiés palestiniens du Liban, alors qu'il n'est que bien vaguement question des obligations qu'entraîne tout droit, alors que les camps demeurent interdits à l'autorité légale libanaise et que la présence armée palestinienne n'y est même plus confinée.
Si ces choses sont dites ce n'est certes pas pour jeter une ombre sur un boom touristique que mérite amplement la proverbiale vitalité du peuple libanais. C'est par la folie de nos responsables que nous avons appris à danser sur un volcan.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
C'est un été florissant qui est là, nous annonce ainsi Michel Sleiman, citant le nombre élevé de touristes, vacanciers et expatriés arrivés ces derniers jours au Liban. Recevant un groupe de consuls honoraires, le chef de l'État a gardé tout son sérieux quand il a vu dans cette belle affluence le reflet de la stabilité politique et sécuritaire dont jouit le pays. C'était oublier un peu vite que la sécurité commence dès la descente d'avion :...

