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Coup double

Finul et Tribunal spécial : ce sont là les deux poumons d'un Liban otage des tensions et violences régionales, et désespérément en quête de protection et de justice internationales. Dès lors et même s'il lui arrive d'emprunter des voies détournées, c'est en priorité aux poumons que s'attaque le virus de la subversion, de la déstabilisation, du chaos.

Si des soldats généreusement envoyés par divers pays amis stationnent depuis des années au Liban-Sud, ce n'est certes pas pour le tourisme. Ce n'est pas non plus pour coloniser un territoire cuit et recuit par les flammes de la guerre. C'est seulement pour aider l'État libanais à y étendre une autorité incontestée, la présence sur place de cette force onusienne constituant par ailleurs un puissant élément de dissuasion, davantage moral que militaire, il est vrai, face aux ardeurs guerrières de l'ennemi israélien, dont est première à pâtir la population civile.

C'est en occupants pourtant qu'étaient (mal) accueillies et maltraitées, par des villageois du Sud, des unités des contingents français et espagnol se livrant mardi dernier à un exercice on ne peut plus routinier. À la Finul il a été formellement reproché de s'être conduite comme en pays conquis, suscitant l'effroi et la colère d'une paisible population totalement prise de court par le déferlement intempestif de la soldatesque onusienne. Or voilà qui laisse supposer de deux choses l'une. Ou bien en effet les forces étatiques libanaises, censées informer à l'avance les édiles des communes de l'exercice projeté, se sont, pour une raison inconnue, abstenues de le faire. Ou alors - éventualité encore plus grave - elles l'ont fait, mais sans grand résultat.

Si tel était bien le cas, la prétendue grogne des villageois ne serait plus alors qu'une démonstration savamment programmée et visant à décourager un type précis d'opérations, à savoir la recherche de caches d'armes relevant des milices du cru. C'est ce que semble croire le coordinateur des Nations unies au Liban Michael Williams, quand il relève que maints de ces incidents étaient, à l'évidence, orchestrés. Il en va de même du secrétaire général Ban Ki-moon, évoquant hier la surveillance et l'obstruction auxquelles est en butte la force internationale et appelant l'armée libanaise à assurer à celle-ci la liberté de mouvement que requiert sa mission, telle que définie par la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU.

Le plus extraordinaire cependant reste l'assourdissant silence dans lequel s'est muré le commandement militaire, bien que d'aussi particulières circonstances fassent absolument devoir à la Grande Muette d'expliquer, sinon de s'expliquer. Le seul commentaire émanant de haut lieu aura été le laconique souhait, exprimé par le président Michel Sleiman, de voir régner une coopération accrue entre l'armée et la force internationale. S'adressant aux journalistes, le chef de l'État s'est montré en revanche étonnamment prolixe en abordant l'affaire du technicien des télécoms accusé d'espionnage au profit d'Israël. Car au risque d'indisposer une Europe réfractaire à la peine de mort, mais aussi de paraître préjuger du verdict d'une justice indépendante en principe, il s'est dit résolu à cautionner de son seing toute sentence extrême que prononcerait le tribunal.

L'intelligence avec l'ennemi n'est pas vulgaire peccadille, certes. Mais il est clair que l'hystérique battage fait autour de cette affaire (laquelle demeure, faut-il le rappeler, en cours d'enquête) n'a pas pour seule motivation la légitime indignation du patriote. Un système téléphonique infecté par Israël est, par le fait même, un système non fiable : conclusion qui, en réalité, et malgré le concert de protestations indignées, en arrange plus d'un. Voilà en effet qui vient, d'une part, conforter la prétention du Hezbollah à se doter d'un système de télécommunications autonome. Voilà qui peut aider aussi les ennemis du Tribunal spécial à jeter un doute sur la masse d'indices recueillis par les enquêteurs à partir du décryptage de centaines de milliers de communications par mobile, en vue de reconstituer la préparation puis l'exécution de la vague d'attentats meurtriers qui a frappé le pays.

Finul et tribunal : c'est bien sur ces deux partitions jumelles que joue l'inquiétant orchestre.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Finul et Tribunal spécial : ce sont là les deux poumons d'un Liban otage des tensions et violences régionales, et désespérément en quête de protection et de justice internationales. Dès lors et même s'il lui arrive d'emprunter des voies détournées, c'est en priorité aux poumons que s'attaque le virus de la subversion, de la déstabilisation, du chaos.Si des soldats généreusement envoyés par divers pays amis stationnent depuis des années au Liban-Sud, ce n'est certes pas pour le tourisme. Ce n'est pas non plus pour coloniser un territoire cuit et recuit par les flammes de la guerre. C'est seulement pour aider l'État libanais à y étendre une autorité incontestée, la présence sur...