Il y a quelques jours, des voix proches de Damas faisaient reproche à Michel Sleiman d'avoir indisposé Bachar el-Assad en soulignant la nécessité de hâter la délimitation des frontières entre les deux pays, domaine où nos voisins traînent ostensiblement la patte. Les Syriens se sont bornés à indiquer que la question des frontières, tant maritimes que terrestres, avait effectivement été soulevée lors du dernier sommet, ce qui était confirmé par le chef de l'État libanais lors de la réunion, jeudi, de la conférence de dialogue national.
Il reste que le président a donné la fâcheuse impression qu'il reconnaissait là quelque fait répréhensible ou même honteux, quand il s'est attaché à expliquer que sa démarche était motivée seulement par les travaux de prospection pétrolière qu'aurait récemment entrepris Israël dans les eaux territoriales libanaises : développement de la plus grande gravité en effet, commandant, il faut bien en convenir, que l'on remette quelque ordre dans la maison. À quelque chose malheur étant bon, l'impudence israélienne va même porter le Liban, dont les eaux douces sont déjà âprement convoitées, à s'adresser vite fait aux instances internationales pour garantir son entière propriété des gisements d'or noir dormant peut-être sous sa portion de Méditerranée.
Pour se laver comme un beau diable, à son tour, de toute accusation de lèse-frontières, le Sérail n'aura même pas attendu de se retrouver sur la sellette. Et c'est une incroyable collection de maladresses que développe le communiqué publié hier par le bureau du Premier ministre pour prendre ses distances d'une déclaration de presse du coordinateur de l'ONU pour le Liban on ne peut plus réjouissante, pourtant : Michael Williams y indiquait en effet, dans un entretien avec la très sérieuse correspondante diplomatique du très sérieux an-Nahar, avoir obtenu des assurances syriennes quant à de prochains progrès dans l'affaire des frontières.
Or, non content de paraître mettre en doute l'authenticité de ces propos, le communiqué y voit un risque de malentendu (?) au sein de l'opinion publique, le Liban s'attelant à traiter cette question entre frères. C'est tout juste en somme si le haut fonctionnaire de l'ONU n'est pas poliment mais fermement prié de s'occuper de ses affaires, alors que ses affaires consistent précisément à faire rapport au secrétaire général Ban Ki-moon sur le degré d'application des résolutions du Conseil de sécurité : en l'occurrence celles faisant clairement, explicitement obligation à la Syrie de se prêter à un tracé des frontières avec le Liban.
La prudence diplomatique est une chose, la frilosité en est une autre. Le seul malentendu susceptible d'alarmer l'opinion publique est celui que susciterait une discussion sans fin sur le pourquoi du comment de la matérialisation d'une frontière demeurée passablement fantomatique trois quarts de siècle après l'indépendance, et à travers laquelle les vents de la subversion n'ont jamais cessé de s'engouffrer. C'est dans le jardin, la cour et l'arrière-cour que commence tout bon voisinage. Et ceux que la nature a placés côte à côte n'ont d'autre choix en définitive que la pimpante clôture ou les méchants barbelés.
Issa GORAIEB
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