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Qui dit mieux ?

Dans notre charmant pays où la surenchère est souveraine, on s'est traditionnellement obstiné à se montrer plus royaliste que le roi.

Pour ne s'en tenir qu'à l'histoire contemporaine, l'État du Grand Liban était proclamé en 1920 qu'il se trouvait encore des Libanais plus français que Georges Clemenceau et d'autres plus grand-syriens que les Syriens eux-mêmes. Peu après, c'étaient encore des Libanais qui dépassaient en ferveur nassérienne les plus zélés des Égyptiens. D'aucuns virent ensuite dans la résistance palestinienne l'armée des musulmans libanais, par opposition à une force régulière dominée par les chrétiens. Nous sommes tous des fedayin : à cette irresponsable devise que lançait un Premier ministre ne tardait pas à répondre, la guerre civile aidant, l'outrancier slogan plus un seul Palestinien sur le sol libanais.

L'occupation militaire du Liban a pris fin, mais des factions locales n'en persistent pas moins à faire prévaloir les intérêts du voisin syrien, ou même du lointain Iran, sur ceux du pays. Pour ces groupes, Damas a parfaitement le droit ainsi de solliciter les bonnes grâces de l'Amérique, de rechercher des négociations de paix directes ou indirectes avec Israël, de veiller à préserver le calme plat qui règne depuis des décennies sur les hauteurs occupées du Golan. Le Liban, quant à lui, a seulement le droit de guerroyer épisodiquement contre un ennemi surpuissant, sans autre gratification que la gloire rendue au martyre ; même des accords d'assistance technique avec les États-Unis, touchant pourtant à la sécurité intérieure, lui sont déniés comme s'ils n'étaient qu'un perfide don du diable.

C'est le même type d'aberrations que l'on a pu observer à la faveur du vote à l'ONU d'un quatrième train de sanctions contre l'Iran. Notre pays avait le choix entre trois maux. Le premier consistait à voter pour les sanctions : impensable, quand on sait l'influence énorme qui est celle de l'Iran, véhiculée qu'elle est par un Hezbollah formidablement armé et pleinement associé au pouvoir exécutif. Le deuxième de ces maux était un vote négatif, intempestivement ordonné à la représentation libanaise à l'ONU par un ministre des Affaires étrangères se croyant seul maître à bord et qui ne s'était pas soucié de recueillir l'avis de son propre gouvernement ; or un tel vote nous eut attiré les foudres de la superpuissance US, mais aussi d'une Europe contribuant généreusement aux effectifs de la force internationale stationnée au Liban-Sud. Restait au pays, pris de la sorte entre le marteau et l'enclume, la ressource d'une abstention pure et simple, laquelle lui eut permis de ménager la chèvre et le chou.

Las ! Prisonnier de ses contradictions internes, le Liban se sera inventé un quatrième mal : celui d'une abstention fort peu digne, car découlant non point du seul et élémentaire bon sens, non point d'une volonté réfléchie et commune, mais d'un défaut de consensus. Ce que l'on a donné à voir au monde n'était qu'une piteuse non-décision, comme seuls peuvent en produire des non-États. Ce match nul (14 partout) au sein du gouvernement dit d'unité nationale, le doit-on aux comptes d'apothicaire d'un Michel Sleiman soucieux d'éviter qu'il y ait un vainqueur et un vaincu, et qui aurait donc enjoint à ses ministres de se prononcer en conséquence ? Cette attitude traduit-elle plutôt un glissement plus prononcé de Baabda vers les thèses défendues par Damas et Téhéran ?

Toujours est-il qu'une fois de plus, ce sont les vociférations des ultras du cru qui ont prétendu couvrir la sereine et pragmatique compréhension manifestée par les États les plus directement concernés. À en croire le Hezbollah et son fourgon de queue, le mouvement Amal, qui ont aussitôt publié des communiqués incendiaires, s'abstenir à l'ONU c'était prendre fait et cause pour Israël, rien moins. À peine venait d'être votée pourtant la résolution 1929 que la délégation iranienne faisait part à la libanaise de son appréciation émue. Et c'est sans la moindre rancune ou rancœur que la Turquie et le Brésil, coauteurs d'un projet mort-né de règlement à l'amiable avec l'Iran, ont réagi, la première allant même jusqu'à inclure volontiers le Liban dans une zone de libre-échange englobant également la Syrie et la Jordanie.

Cela n'arrive malheureusement pas tous les jours : c'est par leurs propres rois, cette fois, qu'auront été désavoués ces indécrottables royalistes.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Dans notre charmant pays où la surenchère est souveraine, on s'est traditionnellement obstiné à se montrer plus royaliste que le roi.Pour ne s'en tenir qu'à l'histoire contemporaine, l'État du Grand Liban était proclamé en 1920 qu'il se trouvait encore des Libanais plus français que Georges Clemenceau et d'autres plus grand-syriens que les Syriens eux-mêmes. Peu après, c'étaient encore des Libanais qui dépassaient en ferveur nassérienne les plus zélés des Égyptiens. D'aucuns virent ensuite dans la résistance palestinienne l'armée des musulmans libanais, par opposition à une force régulière dominée par les chrétiens. Nous sommes tous des fedayin : à cette...