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De Bush à oreille

L'air du large sied décidément fort bien au Premier ministre, même s'il n'a pas encore tout à fait acquis la phénoménale stature internationale de son père et prédécesseur assassiné, Rafic Hariri.

En termes de décorum comme de résultats pratiques pourtant, les entretiens que vient d'avoir avec le président Barack Obama le chef du gouvernement ne se soldent guère, à proprement parler, par un succès fracassant. Bien que fort courtoisement reçu à la Maison-Blanche, Saad Hariri n'a pas eu droit ainsi à toute la gamme des attentions, médiatiques notamment, réservées aux visiteurs de marque. Tout s'est passé en fait comme si, par cette relative réserve, l'administration américaine, bien que parfaitement consciente des précautions domestiques auxquelles est tenu notre pays, lui faisait reproche de sa gestion de deux épineux dossiers. Le premier concerne l'affaire des missiles Scud prétendument livrés par la Syrie au Hezbollah, allégations rejetées par Beyrouth ; et le second a trait au nouveau train de sanctions contre l'Iran que s'apprête à voter le Conseil de sécurité de l'ONU, organisme bien malencontreusement présidé en ce moment par un Liban s'escrimant en effet à afficher une frileuse neutralité. Reste néanmoins la détermination, clairement proclamée, des États-Unis de maintenir son soutien à l'indépendance du Liban, à l'abri de toute sorte de marchandage régional.

C'est sur un tout autre plan, celui de la communication sereine, responsable, rationnelle, qu'aura surtout fait impression Saad Hariri. Davantage encore que son discours au Palais de Verre de l'ONU - un hymne au dialogue des cultures et des civilisations en vue de l'instauration de la paix dans le monde -, ce sont les remarques publiques du chef du gouvernement qui frappent. Dans la première de ces prestations, en effet, il était tout naturel d'entendre le chef du gouvernement d'unité nationale citer le modèle libanais. Naturel, oui ; mais absolument convaincant pour autant ? Quid en effet de nos fréquentes guerres fratricides, quid de nos sempiternelles querelles sur toile de fond communautaire ou sectaire, quid enfin de l'actuelle entente qui fut imposée par la force des armes avant que d'être sanctionnée par les puissances de la région ?

Cette image d'Épinal passablement écornée, le pensionnaire du Sérail lui aura tout de même redonné quelque santé en réaffirmant avec vigueur, comme il ne cesse de le faire depuis son récent voyage au Vatican, son attachement à la règle de la parité islamo-
chrétienne, sans égard pour d'éventuels bouleversements démographiques au Liban. C'est à l'échelle de la région cependant que se situe sans doute le principal point fort de ce bref séjour américain, décliné par Hariri lors de son pèlerinage à l'Université de Georgetown où il a achevé ses études.

À peine connus les épouvantables attentats anti-américains de septembre 2001, Hariri père était le tout premier responsable arabe ou musulman à dénoncer publiquement un terrorisme d'autant plus abject qu'il se pare des vertus de la religion. Seul un juste règlement des conflits ôtera au terrorisme le pain de la bouche, renchérit Hariri fils : sentence qui cadre parfaitement avec la stratégie de sécurité nationale du président Obama, rendue publique jeudi et qui, rompant avec la rhétorique guerrière des années Bush, dénie au seul usage de la force le pouvoir de venir à bout d'el-Qaëda et d'assurer la tranquillité du colosse américain.

Pour en rester à la chronique des dynasties, on se souviendra que Bush père avait concédé à la Syrie le contrôle total du Liban, après qu'elle se fut ralliée à la première expédition contre l'Irak. C'est en cautionnant dans le même temps la barbarie israélienne, en tenant pour quantité négligeable le dossier de Palestine que Bush fils, quant à lui, a cru pouvoir instaurer la démocratie au Moyen-Orient et rendre sa liberté à notre pays. Et c'est la répudiation de l'une et l'autre de ces dérives que nous promet l'ère Obama.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
L'air du large sied décidément fort bien au Premier ministre, même s'il n'a pas encore tout à fait acquis la phénoménale stature internationale de son père et prédécesseur assassiné, Rafic Hariri.En termes de décorum comme de résultats pratiques pourtant, les entretiens que vient d'avoir avec le président Barack Obama le chef du gouvernement ne se soldent guère, à proprement parler, par un succès fracassant. Bien que fort courtoisement reçu à la Maison-Blanche, Saad Hariri n'a pas eu droit ainsi à toute la gamme des attentions, médiatiques notamment, réservées aux visiteurs de marque. Tout s'est passé en fait comme si, par cette relative réserve, l'administration...