L'accord signé lundi à Téhéran ne faisait en réalité que reprendre, en y apportant de légères retouches, une proposition de l'Agence internationale de l'énergie atomique vieille déjà de sept mois. Aux termes de celle-ci, l'Iran échangerait 1 200 kilos d'uranium faiblement enrichi contre un dixième de cette masse de combustible enrichi, nécessaire pour alimenter son réacteur de recherche. La principale nouveauté résidait dans le fait que le troc devrait avoir lieu non pas sur place comme l'exigeaient les Iraniens, ou bien alors en Russie comme le projetait l'Agence, mais en territoire turc. La nuance restait toutefois hypothétique, la République islamique n'ayant pas attendu en effet qu'ait séché l'encre de l'accord pour souligner qu'elle poursuivrait parallèlement, contre vents et marées, son propre programme d'enrichissement.
L'accord de Téhéran avait tout de même ceci de remarquable qu'il a offert à deux puissances émergentes, actuellement membres non permanents du Conseil de sécurité, la Turquie et le Brésil, l'occasion de faire irruption dans les hautes sphères de la diplomatie internationale en s'attaquant à un morceau sur lequel des pays considérablement plus puissants se cassent les dents depuis des années. Ce bal des débutantes n'a pas manqué d'ailleurs de faire grincer bien des dents. Israël a promptement crié à la tromperie ; et si elle ménage une Turquie essentielle pour le dispositif de l'OTAN, il y a quelque temps déjà que la grande presse américaine a fait du président brésilien Lula da Silva sa bête noire, lui reprochant notamment ses mauvaises fréquentations.
Encore plus remarquable cependant est la rapidité avec laquelle les États-Unis sont passés à la contre-attaque en annonçant dès hier, par la bouche de la secrétaire d'État Hillary Clinton, un consensus international sur un nouveau train de sanctions contre l'Iran ; le projet de résolution, auquel ont coopéré la Russie et la Chine, a été soumis séance tenante au Conseil de sécurité de l'ONU. Cette phénoménale célérité s'explique à plus d'un titre. Le premier objectif de ce branle-bas diplomatique était sans doute de vider de toute substance un happening turco-irano-brésilien copieusement médiatisé, et dont les organisateurs escomptaient assez candidement qu'il mettrait un terme définitif à la rengaine des sanctions ; tout compte fait les médiateurs turc et brésilien, bien que dûment loués pour leurs efforts, n'auront été admis à jouer dans la cour des grands que le temps d'une cabriole.
Il s'agissait en outre pour Washington de prévenir tout flottement susceptible d'apparaître dans les rangs de ses alliés occidentaux qui, en effet, ont commenté sur des tons sensiblement divers ce premier pas iranien jugé toutefois insuffisant ; les libérations de prisonniers intervenues en Iran et en France - ici la chercheuse Clotilde Reiss accusée d'espionnage, et là l'assassin de l'ancien Premier ministre Chapour Bakhtiar - n'étaient pas faits pour calmer la circonspection de l'Oncle Sam.
Le légalisme dont se pare la démarche engagée aux Nations unies pourrait servir enfin à couper l'herbe sous le pied d'un Israël lui-même nucléarisé à outrance, qui crie à la tromperie iranienne, et qui menace régulièrement de recourir à des frappes. D'avoir seulement contribué à éloigner le spectre de la guerre aura finalement valu à Ankara et Brasilia des remerciements bien mérités.
Issa GORAIEB
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L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef