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La complainte des réformes

Tout à leurs gesticulations politiques, les responsables libanais prêtent-ils seulement l'oreille aux conseils, on ne peut plus judicieux et désintéressés pourtant, de leurs amis étrangers, pour ne pas dire leurs bienfaiteurs ?

La consternante réponse est bien connue, et c'est tout juste si le chef de la Délégation européenne s'est courtoisement retenu de l'exprimer, sans détour, en donnant lecture, mercredi, du rapport d'avancement sur le Liban pour 2009. Avancement, ce n'était là toutefois que façon de parler : c'est une année quasiment creuse en matière de réformes que l'on a eue là, a déploré en effet Patrick Laurent.

 

Non point que responsables et dirigeants locaux aient passé l'an 2009 à se tourner les pouces ; ils étaient tout simplement occupés ailleurs, à savoir les élections législatives et la laborieuse formation d'un gouvernement d'unité nationale. Au demeurant, le rapport européen ne tarit pas d'éloges sur le déroulement du scrutin, de même que sur le programme du gouvernement, tel qu'il fut proclamé en décembre dernier. La vérité est cependant que l'une et l'autre de ces deux réalisations auront déçu les espoirs des Libanais. Des élections on aura tiré en effet cet amer enseignement : dans un pays comme le Liban, et par le prodige de la règle du consensus, une majorité élue n'en est pas une dans la pratique, et c'est la minorité, forte d'une milice lourdement armée, qui est en droit - et en mesure - de dicter ses conditions.

Quant au beau programme gouvernemental, il sera demeuré lettre morte : une collection de promesses de réformes tout aussi creuses en somme que cet an de grâce 2009 qui désole tant nos partenaires européens. Comment en serait-il autrement d'ailleurs quand la moindre velléité d'action étatique, la moindre nomination de fonctionnaires requiert des mois de marchandages entre les diverses forces du pays, défendant bec et ongles leur arpent de terrain d'influence ; quand même une nécessité aussi impérieuse que l'élaboration du budget ne suffit pas pour rappeler aux ministres qu'ils sont là pour servir en priorité le peuple ; quand le peu d'ardeur à la tâche est également reproché à ce Parlement géré comme propriété personnelle par son président et qui bloque inexplicablement non moins de 69 actes législatifs organiquement liés aux réformes ?

Au Liban où s'enchevêtrent aussi ouvertement, avec une telle insolence même, intérêts politiques et appétits financiers, et où trésors de guerre se confondent volontiers avec patrimoines familiaux, ce sont les fonds, pourtant, qui manquent le moins. Alors que plus d'un pays européen est durement affecté par la crise financière mondiale, le légendaire miracle économique libanais continue d'étonner, de forcer l'admiration. Mais il y a un monde entre prospérité sauvage et croissance, progrès, développement. Et si le génie libanais fait envie, c'est l'État libanais en revanche qui inspire l'inquiétude, sinon la pitié, avec son énorme dette publique. Avec la fragilité (et la funeste malléabilité) de ses institutions. Avec l'acharnement des forces politiques à s'assurer la plus grande part possible de pouvoir, aux dépens du seul détenteur légal de tous les pouvoirs.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Tout à leurs gesticulations politiques, les responsables libanais prêtent-ils seulement l'oreille aux conseils, on ne peut plus judicieux et désintéressés pourtant, de leurs amis étrangers, pour ne pas dire leurs bienfaiteurs ?La consternante réponse est bien connue, et c'est tout juste si le chef de la Délégation européenne s'est courtoisement retenu de l'exprimer, sans détour, en donnant lecture, mercredi, du rapport d'avancement sur le Liban pour 2009. Avancement, ce n'était là toutefois que façon de parler : c'est une année quasiment creuse en matière de réformes que l'on a eue là, a déploré en effet Patrick Laurent.
 
Non point que responsables et dirigeants locaux aient...