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Funambulismes

Jouer une grande puissance contre une autre en modulant ses sympathies au gré de ses propres intérêts, de manière à soutirer un maximum d'avantages de l'une comme de l'autre : le procédé n'est guère nouveau et plus d'un pays de la région en a usé, et même abusé, avec plus ou moins de bonheur.

 

Pionnier en la matière, Gamal Abdel-Nasser y a longtemps excellé, s'abritant comme l'Indien Nehru et le Yougoslave Tito derrière le slogan du non-alignement, avant de se laisser durement piéger dans la mortelle spirale qui déboucha sur le désastre arabe de 1967. Moins subtile fut la démarche de son successeur Anouar Sadate qui en vint à chasser soudainement les milliers d'experts militaires soviétiques opérant en Égypte avant de se jeter dans les bras de l'Oncle Sam. C'est en revanche le Syrien Hafez el-Assad qui remporte la palme dans cette acrobatique spécialité : lié par traité à l'URSS à laquelle il accorda des bases navales, le régime de Damas aura bénéficié de copieuses fournitures d'armement (demeurées impayées, de surcroît) sans jamais cacher pour autant son vif désir de traiter avec l'Amérique, seule à même en effet d'imposer à Israël un juste règlement du conflit proche-oriental.


La visite officielle que vient d'effectuer à Damas Dmitri Medvedev n'est pas sans évoquer ce classique jeu du balancier, avec son inévitable cortège de petites infidélités, si courantes il est vrai entre amis et alliés. La Russie est visiblement anxieuse de regagner sa stature d'antan et ne se satisfait plus du rôle de figurant auquel la réduit le maître de ballet américain (et avec elle l'Union européenne et les Nations unies ) au sein du quartette international pour le Proche-Orient. Et de tous les pays de la région c'est la Syrie, pièce essentielle du puzzle de la paix, qui se prête le mieux à un tel come-back.


Cette même Syrie a grand besoin de moderniser son équipement militaire de fabrication soviétique et les bruits de guerre qui courent depuis quelque temps ne rendent l'affaire que plus pressante. Outre un développement des relations dans tous les domaines, la Russie vient de faire miroiter par ailleurs la fourniture, clés en main, d'une centrale nucléaire à vocation civile, à charge naturellement pour Damas de respecter le traité de non-prolifération. Sage précaution que celle-ci, au demeurant, Moscou ne souhaitant certes pas voir partir en fumée un aussi coûteux ouvrage, après la destruction par l'aviation israélienne d'une usine clandestine aménagée dans le nord de la Syrie par les Coréens du Nord. C'est la même prudence, le même souci de montrer que l'Ours russe ne vient pas renverser le jeu de quilles proche-oriental, mais au contraire contribuer de manière plus active à la paix qui transparaissent dans l'appel lancé hier par le président Medvedev au Hamas palestinien afin qu'il libère le soldat israélien captif Gilad Shalit.


En définitive, et pour alléchantes que soient les friandises variées apportées dans sa hotte par le chef du Kremlin, ce qui est le plus bruyamment salué par la presse officieuse de Damas c'est le retour en activité d'un substantiel contrepoids à la domination solitaire des États-Unis. Bien qu'alliée à l'Iran et au Hezbollah, la Syrie d'Assad fils demeure attachée à la négociation avec Israël ; et bien que réinvestie dans son statut d'ami privilégié de la Russie, c'est invariablement de l'Amérique qu'elle continue d'attendre un règlement global, agrémenté si possible de primes et compensations diverses, notamment au Liban.


La valse à mille temps est loin d'être finie. Ce qui a changé c'est qu'après une assez longue absence, un danseur de poids vient de débouler sur la piste.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Jouer une grande puissance contre une autre en modulant ses sympathies au gré de ses propres intérêts, de manière à soutirer un maximum d'avantages de l'une comme de l'autre : le procédé n'est guère nouveau et plus d'un pays de la région en a usé, et même abusé, avec plus ou moins de bonheur.
 
Pionnier en la matière, Gamal Abdel-Nasser y a longtemps excellé, s'abritant comme l'Indien Nehru et le Yougoslave Tito derrière le slogan du non-alignement, avant de se laisser durement piéger dans la mortelle spirale qui déboucha sur le désastre arabe de 1967. Moins subtile fut la démarche de son successeur Anouar Sadate qui en vint à chasser soudainement les milliers d'experts militaires...