Au commencement était le campement, puis le hameau, le village, la cité. Et les choses n'ont pas trop changé depuis les premiers balbutiements de la démocratie, depuis que les hommes ont entrepris de choisir leurs édiles. C'est bien ce que viennent périodiquement nous rappeler ces élections municipales dont le coup d'envoi a été donné dimanche dernier au Mont-Liban.
Singulière consultation que celle-ci, où de manière bien plus évidente que pour les législatives, le familial, le clanique, le tribal, mais aussi le copinage et la reconnaissance du ventre se mêlent au politique, au point de contourner souvent les fractures partisanes : de les transcender mais sans jamais les occulter tout à fait, tant en effet les diverses formations s'ingénient à placer leurs poulains. Dès lors, c'est inévitablement en termes de pertes et profits politiques que l'on s'empresse d'évaluer les résultats de ce type de scrutin. La constatation qui s'impose d'emblée est qu'à ce jour il n'y a pratiquement d'émulation, de bataille pour les suffrages, et par conséquent d'élection proprement dite, que dans les agglomérations chrétiennes ou à forte population chrétienne. Partout ailleurs ou presque, en effet, aura joué la règle du consensus intracommunautaire, réduisant l'opération électorale à une simple désignation par forfait.
En second lieu se trouve confirmée et même consolidée, à l'échelle du Mont-Liban, la victoire remportée par le 14 Mars aux législatives de 2009 : victoire demeurée passablement théorique comme on sait, puisque le chantage aux armes du Hezbollah - un consensus forcé, ou alors l'instabilité permanente - a empêché ce rassemblement de se poser effectivement en majorité élue. Et du moment que la confrontation électorale s'est trouvée cantonnée aux régions chrétiennes, c'est le Courant patriotique libre du général Michel Aoun qui fait figure de grand perdant pour s'être obstiné à ramer à contre-courant sans être payé de retour, autrement qu'en bonnes paroles, par ses alliés.
Mais trêve de politique, le plus important est ailleurs : c'est la sollicitude due aux habitants du village, du quartier, de la ville, c'est la satisfaction de leurs besoins quotidiens en matière d'ordre et de sécurité, d'urbanisation, d'aménagement d'espaces verts ou d'hygiène, et l'on en passe. Notre pays ne manque pas, fort heureusement, de conseils municipaux exemplaires, ni de maires dévoués corps et âme à leur commune. Hélas, il regorge aussi de groupements d'affairistes confinant à l'association de malfaiteurs. Compte tenu du boom de l'immobilier, c'est surtout en matière de construction et d'exploitation touristique que sévissent ouvertement de tels conseils qui, par exemple, rançonnent les promoteurs et vont même parfois jusqu'à leur imposer le recours à tel ou tel entrepreneur, à tel ou tel importateur de matériaux.
Bien entendu, ces gangs ne sauraient opérer aussi ouvertement s'ils ne bénéficiaient de puissantes protections politiques qui leur garantissent une révoltante impunité. Voilà pourquoi le débat national, qui tourne depuis des années déjà autour d'une nouvelle loi électorale, passe généralement à côté de l'essentiel. On s'épanche sur les vertus et les failles de la décentralisation administrative poussée ou de la proportionnelle, mais quid du contrôle de la régularité des affaires municipales ? Et une question en amenant une autre, quel contrôle étatique peut-il y avoir quand l'appareil de l'État lui-même a grandement besoin d'un bon coup de balai ?
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Singulière consultation que celle-ci, où de manière bien plus évidente que pour les législatives, le familial, le clanique, le tribal, mais aussi le copinage et la reconnaissance du ventre se mêlent au politique, au point de contourner souvent les fractures partisanes : de les transcender mais sans jamais les occulter tout à fait, tant en effet les...


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