Un ministre qui crie à la fraude sévissant, la gueuse, dans son propre département, cela n'arrive pas tous les jours au Liban, où fleurit avec insolence la corruption administrative. En l'espace de 48 heures pourtant, ce sont deux fumants spectacles de ce genre, dûment télévisés, qui auront enchanté le bon peuple.
Vendredi dernier, le ministre de l'Énergie et des Ressources hydrauliques évaluait à près d'un milliard de dollars le montant des factures d'électricité impayées. Parmi les fraudeurs, a-t-il indiqué, figurent tout aussi bien des ministres, des députés et des notables que de simples particuliers, tout ce beau monde étant invité à se mettre en règle dans un délai d'un mois. Puis lundi, c'était au tour du ministre de l'Agriculture, tout frémissant de vertueuse indignation, de déballer devant des journalistes équipés de masques de gaze et frôlant l'évanouissement en raison de la puanteur ambiante, des sacs de grains de sésame avariés, dans un état de pourriture avancée et grouillants de vers ; ces sacs faisaient partie d'une cargaison saisie au port de Beyrouth, où elle avait été débarquée et entreposée avec la complicité d'un ingénieur agronome qui attend de passer en conseil de discipline. Divers autres aliments avariés ont été interceptés en outre au poste-frontière de Masnaa, en dépit des menaces proférées par l'importateur à l'encontre d'un consciencieux fonctionnaire de La Quarantaine.
Dans ces inhabituelles démonstrations de vigilance ministérielle, il y a certes du bon, et c'est cette sainte colère déversée contre les infâmes fraudeurs alors que maints responsables auraient plutôt tendance à laisser faire ou bien alors à hausser les épaules. Il y a du moins bon cependant, qui tient précisément à la démonstration : au côté spectaculaire (et peu modeste) qu'implique ce terme, à l'exploitation médiatique ainsi faite des prestations publiques qu'est en droit d'attendre le peuple. Car après tout, c'est bien pour veiller à la bonne marche de leurs ministères que sont désignés, que sont payés les ministres. De faire convenablement leur travail ne peut que leur valoir l'estime populaire sans cinéma, sans le moindre frais de publicité. Mais de là à s'octroyer des lauriers télévisés alors qu'il reste encore tant à faire ici et là, tant d'irrégularités à dénoncer, tant de fraudeurs à débusquer et, surtout, à sanctionner...
Ces observations ne visent pas à dénigrer mais au contraire à inciter à faire mieux. Les révélations du ministre Gebran Bassil ne manquent pas d'audace, puisqu'au nombre des coupables de fraude au courant électrique, dont la liste a été publiée par des médias du Courant patriotique libre, on trouve plusieurs personnages relevant de la même mouvance politique. On déplorera en revanche le flou qu'il a laissé planer sur les branchements illicites notoirement installés dans une partie précise de la capitale et sur les protections partisanes dont bénéficie ce piratage du courant.
De même, on applaudira sans réserve aucune le ministre Hussein Hajj Hassan le jour béni où il exhibera devant les caméras de télévision des scènes montrant l'éradication de ces cultures que désavouerait toute Agriculture nationale : à savoir les champs de haschich du Hermel, qui bénéficient de protections bien connues.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Vendredi dernier, le ministre de l'Énergie et des Ressources hydrauliques évaluait à près d'un milliard de dollars le montant des factures d'électricité impayées. Parmi les fraudeurs, a-t-il indiqué, figurent tout aussi bien des ministres, des députés et des notables que de simples particuliers, tout ce beau monde étant invité à se mettre en règle dans un délai...


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