Plus remarquable encore est l'embarras dans lequel se débat, avec force contorsions, une administration américaine en butte à l'arrogante intransigeance de Benjamin Netanyahu et tenue néanmoins de manifester haut et clair son souci de la sécurité d'Israël. Voilà donc Washington qui met sévèrement en garde la Syrie tout en reconnaissant qu'en dépit de ses extraordinaires moyens de surveillance, la véracité des accusations israéliennes n'a pu encore être établie. Aucune raison dès lors, et jusqu'à nouvel ordre, de remettre en question le dialogue engagé avec Damas.
C'est ce manque de preuves - assez extraordinaire, il faut dire, à l'âge du satellite espion - qui, il y a quelques jours, portait le Premier ministre Saad Hariri à voir dans ces allégations un piteux remake des indices fabriqués de toutes pièces pour motiver l'expédition américaine en Irak. Et tant qu'à lâcher la bride à l'imagination, nombre de Libanais se prennent à rêver d'un Liban absolument indépendant (du dehors) et totalement souverain (dans ses murs) dont les forces régulières - et non un simple parti, se présenterait-il comme celui de Dieu - seraient équipées de Scud.
Car face à la barbarie désormais proverbiale des bombardements israéliens visant populations innocentes et infrastructures civiles, on aurait là une très effective arme de dissuasion, bien plus effective en tout cas que ces MiG dont nous faisait cadeau l'an dernier la Russie. Plus idéalement encore, le dispositif de défense libanais - car, une fois de plus, c'est strictement de situations défensives qu'il s'agit ici - trouverait un heureux complément dans un réseau de sites de missiles antiaériens, matériel autrement plus indiqué que les blindés, transports de troupes, jeeps, treillis et godillots que nous vaut la générosité des pays occidentaux amis...
Tous ces missiles, il va de soi que le Liban, s'il en était maître, n'y aurait recours qu'au cas où il serait agressé. Parce que aucun de ces pays qui le soutiennent bruyamment ne lui est jamais venu en aide à chaque fois qu'il ployait sous l'agression, il n'aurait aucune raison de lâcher des bordées suicidaires sur les villes israéliennes à seule fin, par exemple, d'ouvrir un front de diversion si les installations nucléaires iraniennes venaient à être bombardées. De même, un Liban indépendant et souverain se garderait de jouer les va-t-en-guerre si, pour activer la négociation sur le Golan, un beau feu d'artifice s'avérait nécessaire au Liban-Sud.
Les choses étant ce qu'elles sont, du moins respirera-t-on à l'idée que les énormes Scud, qui nécessitent des lanceurs mobiles non moins éléphantesques, ont une portée allant de 180 à 500 kilomètres. Beaucoup trop long, le Ciel en soit loué, pour les razzias domestiques.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb


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