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Auto psy…

Loin des mornes vicissitudes de l'actualité politique, quelle heureuse démonstration de vitalité que ce Salon de l'auto qui se tient actuellement à Beyrouth ! Le grand public ne s'y est pas trompé qui, tous les jours, assure une affluence record pour s'en aller admirer les plus récents produits de l'industrie automobile ou se tenir au courant des derniers progrès technologiques en matière de performance et de confort. Les ventes conclues séance tenante semblent devoir atteindre elles aussi un niveau inégalé grâce aux exceptionnelles facilités de paiement à crédit consenties par les banques.

 

La flotte automobile prend ainsi un salutaire coup de jeune, mais on est encore bien loin du compte. Sur cent voitures vendues au Liban, 32 seulement sont neuves en effet ; le reste renferme une notable proportion de véhicules accidentés. Fait plus inquiétant, ces voitures d'occasion ne subissent aucune sorte de contrôle mécanique à leur arrivée dans le pays. De plus en plus inquiétant, tel est bien le cas de dizaines de milliers d'automobiles déjà mises en circulation et dont les propriétaires, qui bénéficient à l'évidence d'efficaces protections, parviennent à se dérober à l'inspection annuelle obligatoire. Cela sans parler des permis de conduire absolument authentiques que l'on peut se procurer, si l'on y met le prix, sans avoir à passer le moindre test d'aptitude, sans même quitter son chez-soi.


Cela dit, le plus grand ennemi de tous ces chromes étincelants que nous proposent les Salons automobiles, c'est la rouille : en l'occurrence celle d'un appareil étatique miné par les dissensions politiques et qui ne se préoccupe pas trop des affres quotidiennes qu'endure le simple citoyen. Le Liban ne possède pas de transports en commun décents, c'est-à-dire de lignes d'autobus étatiques ou privées peu importe, pourvu qu'elles soient régulièrement et décemment desservies. Avec la croissance démographique et la démocratisation de l'automobile, c'est la saturation assurée, l'engorgement garanti. En attendant le jour béni où l'on y pourvoira, ce sont plus de 1 300 000 automobiles - une pour trois habitants, sans compter les armadas de poids lourds - qui, tous les jours, se disputent âprement un coin d'espace vital sur les routes libanaises : celles-ci étant parsemées de crevasses béantes ou de bouches d'égouts mal ajustées, ou se trouvant alors embouteillées en permanence par des chantiers de réfection mal gérés et mal (ou pas du tout) signalés à l'attention de l'usager.


De surcroît, et à l'exception des grands carrefours, l'étourdissant ballet se déroule le plus souvent sans la moindre surveillance, notamment sur ces véritables rodéos que sont les autoroutes. Explication officielle : sur les quelque 25 000 agents que comptent les effectifs des forces de police et de gendarmerie, seuls 600 sont en charge de la circulation routière sur toute l'étendue du territoire, nombre de leurs collègues ayant été affectés à la protection des officiels et à l'encadrement de leurs convois. À la carence étatique fait inévitablement pendant l'effroyable conduite, c'est bien le cas de le dire, d'une population automobile totalement oublieuse du code de la route comme de la plus élémentaire courtoisie. Quand le chat n'est pas là, c'est sur quatre roues comme sur deux que dansent les souris.

... et footographie

Que n'a-t-on songé, certain 13 avril 1975, à en découdre autour d'un ballon rond, plutôt qu'à coups de canon.


À plus d'un titre, l'idée du match amical de football disputé hier devant les caméras de la télévision par des hommes politiques de tous bords, et à leur tête le Premier ministre Saad Hariri, mérite d'être saluée. De voir ces personnages, jeunes et moins jeunes, se démener comme de beaux diables sur le terrain aura certes amusé les Libanais scotchés à leurs postes. Et de les voir faire preuve d'esprit sportif comme de franche et joyeuse camaraderie leur aura fait croire en un avenir meilleur, pour ce qui est du moins du comportement en matière d'action - et d'émulation -politique. En finale, on aura eu droit au spectacle de ces deux équipes constituées hors de toute harmonie partisane se fondant en une et seule équipe de travail.


Puisse-t-il continuer d'en aller ainsi dans ces deux lieux de discorde que sont devenus tant le Parlement que le Conseil des ministres. En attendant, et une idée en amenant une autre, pourquoi ne pas jouer non plus au champion de stade, mais au simple citoyen ? Pour rester dans la note de cet éditorial, on pourrait leur proposer une petite balade anonyme en minibus à travers les bouchons des heures de pointe. Sans sirènes hurlantes et sans caravanes d'énormes 4X4 noirs aux vitres fumées, pour faire durer le plaisir.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Loin des mornes vicissitudes de l'actualité politique, quelle heureuse démonstration de vitalité que ce Salon de l'auto qui se tient actuellement à Beyrouth ! Le grand public ne s'y est pas trompé qui, tous les jours, assure une affluence record pour s'en aller admirer les plus récents produits de l'industrie automobile ou se tenir au courant des derniers progrès technologiques en matière de performance et de confort. Les ventes conclues séance tenante semblent devoir atteindre elles aussi un niveau inégalé grâce aux exceptionnelles facilités de paiement à crédit consenties par les banques.
 
La flotte automobile prend ainsi un salutaire coup de jeune, mais on est encore bien loin du compte. Sur cent voitures vendues au...