Depuis le temps que cela dure, on devrait s'y être fait une fois pour toutes : il existe deux sortes de conférences au sommet arabe, celles qui accouchent de résolutions invariablement appelées à demeurer lettre morte et celles qui ne débouchent sur absolument rien. Garni ou pas, c'est le même néant qui figure au peu ragoûtant menu.
Le sommet qui s'est déroulé le week-end dernier à Syrte, en Libye, est un parfait modèle du deuxième genre. Tenu sous le signe du soutien à la résistance de Jérusalem, il a été bien en peine pourtant de définir une quelconque attitude concrète face à la détermination d'Israël de poursuivre la colonisation juive dans les territoires palestiniens, préférant s'en remettre à Barack Obama pour tenir tête à Benjamin Netanyahu. Si la conférence de Syrte doit tout de même faire date, c'est seulement parce que d'un commun accord, les participants se sont mutuellement épargné l'assommant rituel des discours.
Pour le Liban, la seule question qui se posait par rapport à ce sommet était celle de savoir s'il se rendrait ou non - et à quel niveau - sur les terres de Mouammar Kadhafi, l'homme accusé en effet d'avoir liquidé, il y a 32 ans, le chef chiite Moussa Sadr, qui était pourtant son hôte. Ce dilemme, le gouvernement l'a tranché en se faisant représenter par un ambassadeur : formule de compromis qui, contre toute attente, a satisfait ceux qui réclamaient à cor et à cri, sous peine de graves conséquences, le boycottage pur et simple de la conférence. C'est dire qu'au plan pratique du moins, le temps semble avoir fait son œuvre, même si le souvenir de l'imam disparu reste vivace et doit continuer de donner lieu à des cérémonies annuelles, marquées par une profusion de discours.
Les chefs d'État arabes sont prompts, il faut bien le constater, à se pardonner l'expéditive manière qu'ils ont de se débarrasser d'un gêneur. Ils ont la même répugnance par ailleurs pour les intrusions de justiciers étrangers dans leurs souveraines affaires, et l'exécution d'un Saddam Hussein a dû susciter bien des cauchemars dans les palais présidentiels ou royaux.
L'affaire libyenne ne doit pas servir néanmoins de sinistre précédent. Or c'est bien aux mêmes limbes des affaires non résolues et des crimes demeurés impunis, que d'aucuns s'acharnent, ouvertement ou insidieusement, à vouer la série d'assassinats qui, ces dernières années, s'est abattue sur le Liban. C'est sans laisser de traces que s'étaient volatilisés en 1978 Moussa Sadr et ses deux compagnons de voyage, les Libyens prétendant qu'ils avaient pris un vol pour Rome au terme de leur séjour et les Italiens y opposant un démenti catégorique. Les indices abondent en revanche, pour ce qui est des hommes et des femmes dont le sang a arrosé la révolution du Cèdre. Et ces indices sont recueillis, classés, répertoriés et analysés par des enquêteurs internationaux, attendant d'être soumis - ce qui, tôt ou tard, finira bien par arriver - au Tribunal spécial pour le Liban.
Voilà qui devrait suffire pour interdire toute comparaison (mieux, toute tentative d'amalgame) entre l'épilogue du transparent mystère de l'affaire Sadr et celui, vivement attendu, du martyre libanais. Et voilà pourtant que redoublent de virulence les attaques contre le tribunal à caractère international : la plus vicieuse de celles-ci, qui confine au terrorisme, consistant à prédire pour le pays les plus effroyables catastrophes si seulement les procureurs de La Haye s'avisaient de pointer du doigt là où il ne faut pas.
À cette vaste entreprise d'intimidation qui, dit-on, devrait connaître son paroxysme aujourd'hui avec un discours du chef du Hezbollah, deux réponses ont été d'ores et déjà apportées. En visite en Bulgarie, le Premier ministre Saad Hariri, fils et héritier politique du plus illustre des martyrs de l'indépendance, a affirmé que seule au contraire la vérité sur les assassinats garantira la stabilité du pays. La vérité quel qu'en soit le prix, renchérissait hier cet irréductible père de la quête souverainiste qu'est le patriarche maronite Nasrallah Sfeir.
Non, le Liban n'est pas la Libye.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Le sommet qui s'est déroulé le week-end dernier à Syrte, en Libye, est un parfait modèle du deuxième genre. Tenu sous le signe du soutien à la résistance de Jérusalem, il a été bien en peine pourtant de définir une quelconque attitude concrète face à la détermination d'Israël de poursuivre la colonisation juive dans les territoires...


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