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Tête à claques

Yes we can, s'écriait devant une foule enthousiaste massée à Washington un Barack Obama jubilant qui venait d'enfoncer un dense réseau de barrières politiques, sociales et psychologiques en devenant le premier président noir des États-Unis.

 

Ce pouvoir capable de renverser les montagnes, Obama en a fourni dimanche une nouvelle, encore que fort hasardeuse démonstration, en faisant adopter par la Chambre des représentants son projet de réforme de l'assurance-maladie. Férocement combattu par les républicains, voté à une mince majorité et au bout d'un épuisant débat, encore en butte à l'hostilité ouverte du Sénat, le plan Obama devrait offrir une couverture médicale à une trentaine de millions de citoyens qui en étaient démunis. Il en coûtera au Trésor US près de mille milliards de dollars étalés sur dix ans : une véritable révolution au pays du capitalisme sauvage où l'on a entendu fuser toutefois, lors des manifestations antiréforme organisées devant le Capitole, des slogans racistes que l'on croyait à jamais révolus.


Fidèle à ses convictions progressistes, Barack Obama, on le voit, se révèle homme à prendre des risques sur le front figurant naturellement en tête de ses priorités, et que déclinait déjà son programme électoral : l'intérieur. Or on voudrait bien lui reconnaître la même efficacité en matière de politique étrangère. Engagé en effet dans une politique post-impériale sur les ruines que laisse la gestion de George W. Bush sans cesser pour autant de revendiquer un leadership planétaire, le président offre souvent l'étrange spectacle d'un colosse inconfortablement assis entre deux chaises. Renouant le dialogue avec l'Iran tout en brandissant le bâton des sanctions internationales, pressé de retirer ses troupes d'Irak et expédiant néanmoins des forces supplémentaires en Afghanistan, c'est au Proche-Orient surtout que le prestige de l'unique superpuissance, atout des plus décisifs sous nos latitudes, se trouve durement malmené.


À quelques jours d'intervalle, ce sont ainsi deux cinglants camouflets qu'aura essuyés tout récemment l'Oncle Sam. C'est pour amener la Syrie à prendre ses distances de l'Iran comme du Hezbollah que Washington, suivant l'exemple de Paris, a repris langue avec une Syrie longtemps confinée dans un sévère isolement international. À peine annonçait-on cependant le prochain envoi d'un nouvel ambassadeur américain à Damas que cette capitale était le narquois théâtre d'un sommet syro-iranien, auquel se joignait Hassan Nasrallah. Et à peine le vice-président US Joe Biden débarquait-il à Jérusalem, pour tenter de relancer les négociations avec les Palestiniens en base du gel de la colonisation juive souhaité par Obama en personne, qu'il y était cavalièrement accueilli par l'annonce d'un feu vert pour la construction de 1 600 logements dans le quartier est, arabe, de Jérusalem.


Faisant suite à la choquante collusion israélo-américaine qui a marqué les années Bush, la franche explication entre alliés qui se déroule en ce moment à Washington est certes un évènement en soi. Mais au vu des expériences du passé, il ne faut sans doute pas en attendre trop vite un dénouement net et tranchant sur la place publique. Benjamin Netanyahu aura dégainé le premier en réaffirmant dimanche devant les congressistes de la principale organisation juive américaine, l'AIPAC, la poursuite coûte que coûte du processus de colonisation, et plus précisément à Jérusalem, capitale d'Israël.


À cet intempestif tir de barrage, Hillary Clinton a répondu, devant la même assistance, par des protestations d'amitié indéfectible avec l'État hébreu assorties, il est vrai, d'une brève communication du département d'État soulignant que le statut final de la Ville sainte ne pourra être déterminé que par la négociation.


Quant au président, il aura clairement fait part de son mécontentement en s'abstenant de dérouler le tapis rouge pour son hôte israélien, qu'il recevait hier à la Maison-Blanche. Mais dans ce bras de fer a-t-il vraiment les moyens de braver un Congrès résolument favorable à Israël comme n'a pas craint de l'assurer sans s'embarrasser de nuances Nancy Pelosi ?


Les Américains se porteront mieux désormais grâce aux réformes sociales de Barack, et c'est évidemment tant mieux pour eux. La science du bon docteur et son souci de la santé des nations restent à démontrer hors de chez lui.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Yes we can, s'écriait devant une foule enthousiaste massée à Washington un Barack Obama jubilant qui venait d'enfoncer un dense réseau de barrières politiques, sociales et psychologiques en devenant le premier président noir des États-Unis.
 
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