Ce n'est pas pour remuer le fer dans une plaie encore toute béante, mais on peut sérieusement se demander si Walid Joumblatt est réellement au bout de ses peines, maintenant que ses contorsions compassées des derniers mois ont fini par lui valoir le visa tant attendu pour la Syrie.
Cette prochaine visite est de nature certes à calmer les angoisses existentielles, politiques et dynastiques qui minent le leader druze. Mais c'est pour un temps seulement, du moment que les demi-alliances n'ont pas cours avec un régime baassiste traditionnellement soucieux de s'assurer des vassaux plutôt que des amis. De Canossa reviendra probablement un Joumblatt sacré à nouveau roi incontesté des druzes libanais, un Joumblatt enfin débarrassé des leaders de rechange que s'ingéniait à planter autour de lui la Syrie. Mais il lui sera bien malaisé de continuer de revendiquer, comme il le fait aujourd'hui, une position médiane entre le camp souverainiste et celui relevant de l'axe syro-iranien : la seule question étant de savoir combien de temps, combien d'affres et de savantes cabrioles nécessitera cet incontournable alignement.
Il y a bien davantage en jeu cependant que les heurs et malheurs de Walid Joumblatt, et c'est ce persistant climat de suspicion marquant les rapports libano-syriens, en dépit des spectaculaires retrouvailles qui ont lieu épisodiquement à Damas. Récitant samedi soir à la télévision son acte de contrition, se résignant à oublier l'assassinat de son père, le chef du PSP lui-même n'a fait en réalité qu'en attribuer une fois de plus la responsabilité aux Syriens, au risque de compromettre son retour en grâce, comme l'a laissé croire un moment un commentaire indigné de l'officieux de Damas al-Watan (coup de colère plutôt surprenant, quand on se souvient que des décennies durant, la Syrie ne s'est pas trop souciée de démentir ce qui n'était qu'un lugubre secret de Polichinelle...).
Non moins contraignantes et pénibles sont les exigences auxquelles se trouve soumis Saad Hariri, qui se prépare à visiter une nouvelle fois la capitale syrienne pour cause de devoir inachevé, sinon bâclé. Au Premier ministre et chef de la majorité parlementaire, il est demandé avec insistance d'expurger le discours public du 14 Mars de toute connotation pouvant passer pour antisyrienne. Ou mieux encore de saborder ce vaste rassemblement qui, tout en prônant des relations saines et équilibrées avec le voisin syrien, s'obstine à réclamer justice pour toutes les violences portées au Liban. Qui, à l'image d'une écrasante majorité de citoyens, ne peut s'accommoder d'un monde tournant à l'envers désormais du fait des changements intervenus dans la conjoncture internationale et régionale, et où c'est la victime et non l'agresseur qui doit faire assaut d'excuses et de regrets. S'y soumettre en s'en tenant à des rabibochages de fortune entre dirigeants, c'est seulement entretenir une fiction d'ailleurs inopérante au plan populaire et national.
Ce n'est pas en occultant purement et simplement le passé en effet, mais au contraire en l'exorcisant, en obtenant que l'on rompe une fois pour toutes avec la subversion meurtrière que l'on peut espérer construire l'avenir. C'est essentiellement sur le Tribunal spécial pour le Liban que repose cette espérance. Et par-delà les controverses endémiques au sein du gouvernement dit d'unité, c'est contre ce même tribunal en réalité que sont affûtés les couteaux.
Cherchez la femme, recommandait systématiquement Alexandre Dumas. La robe - celle du magistrat cette fois - tient toujours le haut du pavé.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Cette prochaine visite est de nature certes à calmer les angoisses existentielles, politiques et dynastiques qui minent le leader druze. Mais c'est pour un temps seulement, du moment que les demi-alliances n'ont pas cours avec un régime baassiste traditionnellement soucieux de s'assurer des vassaux plutôt que des amis. De Canossa reviendra probablement un Joumblatt sacré à nouveau roi incontesté des druzes libanais, un Joumblatt enfin débarrassé des leaders de rechange...


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve