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Le fouet

Ils n'ont cessé, ces derniers temps, de marquer des points sur cette scène locale si chère à leurs yeux et qu'ils s'étaient vus contraints d'évacuer avec armes et bagages en l'an 2005. Ils devraient avoir toutes les raisons du monde de se frotter les mains, maintenant qu'a pris fin leur long isolement international, que les délégations occidentales se bousculent sur la route de Damas et que Beyrouth ne demande pas mieux que de développer des relations de bon voisinage. Alors qu'ils traînent la patte pour remplir leurs propres engagements, ce sont les Syriens pourtant qui jouent les insatisfaits, qui se disent meurtris par tant d'ingratitude humaine et plus précisément libanaise. Et qui, pour finir, exigent réparation.

Trois cas de lèse-majesté sont en cours de traitement. Le plus pitoyable est celui du leader druze Walid Joumblatt qui s'est retiré à petits pas mais à grand fracas du rassemblement du 14 Mars, qui proteste quotidiennement désormais de sa fidélité à l'idéal syrien, qui frappe depuis des mois à la Sublime Porte en attendant qu'on lui fixe une audience. Et qui, à cette fin, aura avalé couleuvre sur couleuvre pour honorer, point par point, un cahier des charges incroyablement tatillon dont les détails auront été divulgués par les alliés du régime baassiste. C'est aujourd'hui, au demeurant, que doit se jouer, sur les ondes de la chaîne al-Jazira, la dernière épreuve de ce peu glorieux marathon de la repentance, avec des excuses formelles présentées au peuple syrien, injustement offensé au fil des harangues passionnées de la place de la Liberté. Chose faite, ce sera enfin ahlan wa sahlan.

Cornélien (ou shakespearien, on ne sait plus trop) est quant à lui l'itinéraire de Saad Hariri devenu Premier ministre et qui, à ce titre, a visité au mois de janvier dernier une capitale syrienne pointée du doigt avec insistance, pourtant, dans l'affaire de l'assassinat de son père. À peine rentré, le chef du gouvernement s'est vu reprocher avec insistance par les médias officieux de Damas des propos tenus au Corriere della Sera, dans lesquels il évoquait la vieille répugnance de certains pays de la région à reconnaître la frontière les séparant de voisins plus petits.

À défaut d'excuses publiques, Hariri s'en sera tiré avec un rectificatif de presse dûment publié par le journal romain, assurant qu'il n'avait jamais voulu mettre dans le même sac la Syrie des Assad et l'Irak de Saddam Hussein (pour mieux convaincre, sans doute aurait-il pu ajouter que le Koweït non plus n'est pas le Liban, et que l'envahisseur irakien, pourtant maître absolu du terrain, n'a jamais été en mesure de trouver un nombre suffisant de volontaires pour un gouvernement d'amis, pour ne pas dire de collaborateurs...). Quoi qu'il en soit, Hariri n'est pas au bout de ses peines, et il lui faut rééditer bientôt le pèlerinage de Damas alors que c'était au tour de son homologue syrien de se transporter à Beyrouth. Dans l'intervalle, et comme en prélude à des manœuvres visant plus directement la coopération avec le Tribunal spécial pour le Liban, c'est une patate brûlante qui lui est lancée avec l'actuelle cabale contre les accords libano-américains de mise à niveau sécuritaire.

Plus feutré enfin, mais non moins vicieusement mené, est le battage auquel se trouve soumis Michel Sleiman, un homme qui se veut en excellents termes avec le régime baassiste mais qui entend assumer pleinement sa charge, en rupture avec le triste passé. Pour critiquer le président, Damas s'est contenté de donner la parole à ses alliés libanais. Comme pour marginaliser l'État libanais - et avec lui sa plus haute instance -, c'est un chef de parti qui était invité à se joindre au récent sommet syro-iranien de Damas.

Issa Goraieb
igor@lorient-lejour.com.lb
Ils n'ont cessé, ces derniers temps, de marquer des points sur cette scène locale si chère à leurs yeux et qu'ils s'étaient vus contraints d'évacuer avec armes et bagages en l'an 2005. Ils devraient avoir toutes les raisons du monde de se frotter les mains, maintenant qu'a pris fin leur long isolement international, que les délégations occidentales se bousculent sur la route de Damas et que Beyrouth ne demande pas mieux que de développer des relations de bon voisinage. Alors qu'ils traînent la patte pour remplir leurs propres engagements, ce sont les Syriens pourtant qui jouent les insatisfaits, qui se disent meurtris par tant d'ingratitude humaine et plus précisément libanaise. Et qui, pour finir, exigent réparation.Trois cas de...