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Ni dialogue ni national

... Trois p'tits tours et puis s'en vont. Mais c'est seulement partie remise, puisque tout ce beau monde, réuni hier au palais présidentiel de Baabda, se retrouvera dans cinq semaines pour un nouveau numéro de derviches tourneurs, dans le cadre de cet interminable feuilleton qui porte le nom ronflant de conférence du dialogue national.

 

Siégeant à ces fastidieuses assises, dont la liste des participants a été sensiblement remaniée par le président de la République, il n'y a pas pourtant que des marionnettes. À l'actif de ces palabres entamées il y a près de cinq ans, il faut bien citer en outre des accords (dont certains, de pure forme, sont demeurés lettre morte) sur des dossiers aussi divers que le Tribunal spécial pour le Liban, le tracé des frontières avec la Syrie et la présence armée palestinienne hors des camps.


Le malheur cependant, c'est que l'on en est arrivé à un point où ces gesticulations n'ont plus véritablement d'objet. Car si la finalité d'un tel débat est bien l'édification d'un État juste, qui ne serait plus perçu en ennemi mais au contraire en dispensateur de sécurité, d'égalité et de mieux-être, d'un État qui serait celui de tous et de personne, alors c'est par le début, par un État tout court qu'il faudrait commencer. Or quel État au monde, même rudimentaire et imparfait, s'accommoderait-il d'un rival puissamment armé qui lui disputerait, entre autres, la décision de paix ou de guerre ?


Au rébus que constitue l'arsenal du Hezbollah, Michel Sleiman vient de proposer une solution de sortie en déclarant à un journal saoudite que la Résistance ne saurait en aucun cas être l'équivalent de l'Autorité légale mais plutôt une sorte de filet de sécurité : lequel n'entrerait en action qu'une fois survenue l'invasion du territoire et au cas où les forces régulières se trouveraient débordées. Pour intéressante cependant que soit l'approche présidentielle, elle présume d'une bien illusoire bonne foi générale. Et elle occulte le fait, bien patent pourtant, que pour le Hezbollah les armes de la lutte contre Israël sont aussi (sont surtout, croient de nombreux Libanais) celles de la conquête systématique du pouvoir.


De s'employer à noyer le poisson comme le fait le Hezbollah - un débat sur la stratégie de défense, plutôt que sur l'armement du parti - n'augure évidemment pas d'une quelconque possibilité de progrès sur la question. Un dialogue, indique le dictionnaire, est un échange de propos mais éventuellement aussi une discussion visant à trouver un terrain d'entente entre les interlocuteurs. Or que reste-t-il à discuter quand l'objet précis du litige - les armes, encore et toujours - est, d'emblée, décrété non négociable ?


Quant au caractère absolument, strictement national de ces réunions où l'on ne se donne même plus la peine d'échanger un salut ou quelque autre marque de courtoisie, il n'est pas plus évident. Clamant volontiers sa filiation idéologique à la république des mollahs, présent en bonne place au récent sommet syro-iranien de Damas, le parti de Dieu nous montre bien que pour le Créateur il ne saurait exister de frontières.

 

Mais dans ce cas, pourquoi réserver à la seule scène libanaise l'exclusivité de toutes ces admirables frénésies guerrières ?

Issa Goraieb
igor@lorient-lejour.com.lb

... Trois p'tits tours et puis s'en vont. Mais c'est seulement partie remise, puisque tout ce beau monde, réuni hier au palais présidentiel de Baabda, se retrouvera dans cinq semaines pour un nouveau numéro de derviches tourneurs, dans le cadre de cet interminable feuilleton qui porte le nom ronflant de conférence du dialogue national.
 
Siégeant à ces fastidieuses assises, dont la liste des participants a été sensiblement remaniée par le président de la République, il n'y a pas pourtant que des marionnettes. À l'actif de ces palabres entamées il y a près de cinq ans, il faut bien citer en outre des accords (dont certains, de pure forme, sont demeurés lettre morte) sur des dossiers aussi divers que le Tribunal spécial pour...