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Tabboulé de république

Salutaire percée, vraiment, que ce premier train de nominations administratives qui vient de mettre fin à plus de quatre mois de totale paralysie gouvernementale ? Oui, certes, si l'on se contente du minimum. Mieux vaut tard que jamais, dit en effet le dicton, et mieux vaut des miettes que rien du tout à se mettre sous la dent citoyenne. D'autant qu'il n'y a pas que des miettes à glaner dans les deux menus servis mercredi et jeudi par le Conseil des ministres puisque la loi fixant les modalités des prochaines élections municipales a enfin été adoptée et transmise au Parlement, revêtue du caractère d'urgence.

 

De même, en désignant mercredi les présidents de la Cour des comptes, de l'Inspection judiciaire et de la fonction publique, le gouvernement s'est enfin décidé à aller au plus pressé : c'est à ces trois organismes en effet qu'il revient de contrôler le bon fonctionnement de l'administration étatique, de veiller à ce que soient promus les bons commis de l'État et que soient sanctionnés les mauvais.


C'est de travers pourtant que passe cette première bouchée, suivie le lendemain par la mise sur pied de la Commission de contrôle des banques. L'une des raisons les plus criantes en est que les prestigieux postes pourvus d'entrée de jeu étaient dévolus à des musulmans et qu'était remise à plus tard la part des chrétiens. Pour surprenant toutefois que soit le phénomène, il ne fait que refléter après tout l'état des lieux au sein de chacune des composantes de cette fédération de communautés non déclarée qu'est devenu le système politique libanais. Car bien avant que d'être agréés ou non par tous les autres, c'est par leur communauté, leur clan ou leurs représentants légaux que sont sélectionnés les hommes et femmes promis aux hautes charges ou fonctions de juge et de directeur général. Et si sunnites et chiites, largement unis sous les bannières, qui de Saad Hariri et qui du tandem Hezbollah-Amal, n'ont aucun mal à aligner leurs poulains, le clivage est tel en ce moment entre factions chrétiennes que faute de choisir de concert, il faudra peut-être un jour choisir pour elles...


C'est dans le principe du mécanisme en vigueur que réside cependant le véritable scandale. Ce qui est en question, ce n'est pas la compétence ou la probité morale des heureux lauréats ; c'est le fait, plus d'une fois dénoncé dans ces mêmes colonnes, que, sciemment ou non, par conviction ou par simple obligation de reconnaissance (du cœur ou du ventre), ces hauts fonctionnaires seront le plus souvent les obligés de leurs bienfaiteurs plutôt que les serviteurs de l'État et de lui seul.


Nominations ou pas, nous ne sommes pas encore sortis de cette singulière auberge où il y a à boire et à manger pour les puissants. Et seulement une méchante tambouille pour le peuple.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Salutaire percée, vraiment, que ce premier train de nominations administratives qui vient de mettre fin à plus de quatre mois de totale paralysie gouvernementale ? Oui, certes, si l'on se contente du minimum. Mieux vaut tard que jamais, dit en effet le dicton, et mieux vaut des miettes que rien du tout à se mettre sous la dent citoyenne. D'autant qu'il n'y a pas que des miettes à glaner dans les deux menus servis mercredi et jeudi par le Conseil des ministres puisque la loi fixant les modalités des prochaines élections municipales a enfin été adoptée et transmise au Parlement, revêtue du caractère d'urgence.
 
De même, en désignant mercredi les présidents de la Cour des comptes, de l'Inspection judiciaire et de la fonction publique,...