L'administration Obama serait-elle par hasard masochiste ? Comment expliquer autrement, alors, cette application obstinée qu'elle met à s'exposer aux camouflets les plus sonores et humiliants ?
La semaine dernière, Hillary Clinton sommait pratiquement la Syrie de s'éloigner de l'Iran, si elle tenait à bénéficier des bonnes dispositions de Washington à son égard. Moins de 48 heures plus tard, le président Bachar el-Assad accueillait en grande pompe son allié Ahmadinejad pour une petite concertation entre amis stratégiques consacrée à la montée des tensions dans la région. À celle-ci était également convié le chef du Hezbollah : ce qui, de la plus inélégante et discourtoise des manières, faisait de Hassan Nasrallah le représentant privilégié d'un Liban dont les dirigeants officiels, bien qu'inondés de proclamations de soutien, sont en somme traités par-dessus la jambe. Toujours est-il qu'en prime des retrouvailles fraternelles de Damas, Assad s'offrait le plaisir rare de narguer la secrétaire d'État américaine, disant son regret de n'avoir réussi à déchiffrer son trop complexe message.
C'est une autre et monumentale bévue que vient tout juste de commettre Washington en demandant aux autorités de Beyrouth l'accès à des informations précises sur le réseau libanais de téléphonie mobile, requête s'appuyant officiellement sur la nécessité de lutter contre le trafic de stupéfiants. Comment les Américains ont-ils pu être assez naïfs pour croire que leur cote d'amour ne pourrait faire autrement que leur valoir un okay enthousiaste du gouvernement local : cela dans un pays où nombre de puissants - et même de partis politiques - tirent, de surcroît, une bonne part de leurs ressources d'un tel trafic ?
C'est dire que les ennemis des États-Unis ont beau jeu de dénoncer à cor et à cri le caractère impudent et fortement suspect de cette démarche aussitôt rejetée, au demeurant, par les autorités : le plus éminent de ceux-ci, Hassan Nasrallah, allant jusqu'à affirmer que fournir des données à l'Amérique équivaut à les offrir sur un plateau d'argent à Israël. Par la voix d'un de ses députés, et en invoquant l'assassinat à Dubaï d'un dirigeant du Hamas par un commando d'agents du Mossad porteurs de passeports occidentaux, le Hezbollah va même jusqu'à exiger que tout visiteur étranger soit considéré comme un espion potentiel. Avec ce bel élan de xénophobie, que vive et prospère donc le tourisme libanais !
Là n'est pas le plus étrange cependant. Le Hezbollah a beau crier au scandale et souligner le caractère sacré des données étatiques, le fait demeure qu'il a fait bien mieux, lui, que les Américains. Il s'est servi lui-même sans demander l'accord de personne et s'est doté, en sus d'une armée parallèle, d'un réseau de télécommunications privé. De la masse de données que recueille forcément ce système, peut-on vraiment, raisonnablement espérer qu'elle n'est pas depuis longtemps offerte sur un plateau d'argent aux puissances étrangères alliées ?
Dans un aussi anormal contexte, la controverse surgie autour du Comité de dialogue national, dont le président Michel Sleiman vient de remanier la composition, paraît des plus gratuites. Car peu importe en définitive qui quitte ce comité et qui y fait son entrée : le fait est, on n'a cessé de nous le répéter, qu'on peut gloser à l'infini sur la stratégie de défense appropriée au Liban mais qu'en aucun cas les armes du Hezbollah ne sont négociables. Superflu et même pernicieux devient, dès lors, cet interminable feuilleton affublé du nom de dialogue. Défense de stratégie, le mot d'ordre, le voilà.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
La semaine dernière, Hillary Clinton sommait pratiquement la Syrie de s'éloigner de l'Iran, si elle tenait à bénéficier des bonnes dispositions de Washington à son égard. Moins de 48 heures plus tard, le président Bachar el-Assad accueillait en grande pompe son allié Ahmadinejad pour une petite concertation entre amis stratégiques consacrée à la montée des tensions dans la région. À celle-ci était également convié le chef du Hezbollah : ce qui, de la plus inélégante et...


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