Une réédition relookée, assagie, des déferlements humains du 14 février, cela fait-il un Liban plus confiant et serein ? Que toutes les parties s'accordent pour la première fois à se féliciter de la manière dont s'est déroulé ce rassemblement populaire ne rend pas plus aisée pour autant la réponse.
À tout seigneur tout honneur : les manifestants sont en droit de se féliciter de leur performance de dimanche dernier. Cela vaut surtout pour les simples citoyens, premiers et authentiques artisans de la révolution du Cèdre, qui n'avaient guère attendu les consignes partisanes pour descendre résolument dans la rue. Et qui réaffirmaient ainsi leur fidélité aux principes de liberté et de souveraineté, bien davantage qu'à des chefs politiques gagnés, l'un après l'autre, aux amères vertus du réalisme. C'est au bon souvenir de ces mêmes chefs offrant concession sur concession qu'ils entendaient, en priorité, se rappeler.
Les organisateurs, à leur tour, ont de quoi être satisfaits. Premier concerné par le caractère même de l'évènement - un hommage à la mémoire de son père assassiné -, Saad Hariri a voulu voir dans l'affluence de ce jour-là une sorte de plébiscite, une adhésion populaire massive à la ligne modérée qu'il prône depuis quelque temps et dont le volet le plus sensible fut son acrobatique visite à Damas. Le slogan Liban d'abord demeure de mise, c'est vrai, mais il est décliné désormais sans défi, et avec lui les divers attributs de la souveraineté, à commencer par le droit et l'aptitude exclusifs de l'État de décider de la paix ou de la guerre.
Cette retenue, on aurait bien souhaité la constater du côté du 8 Mars. Les alliés de la Syrie ont apprécié, certes, les propos conciliants du Premier ministre. Ils n'ont pu que jubiler par ailleurs au spectacle des contorsions d'un Walid Joumblatt quittant prestement la place de la Liberté après s'être recueilli sur la tombe de Rafic Hariri, pour s'en aller rencontrer le soir même Hassan Nasrallah, qui lui a généreusement pavé la voie du retour en grâce auprès de la Syrie. Mais encore ?
Par deux fois ces dernières 48 heures, on s'est chargé de nous fixer sur la question. Par on ne sait quel malin tour de passe-passe, lequel semble avoir pris de court l'archevêché maronite de Beyrouth, c'est un site à susceptibilités, à frictions sinon à problèmes - le collège de La Sagesse à Jdeideh - qui a été bizarrement choisi par le Hezbollah pour honorer lundi la mémoire du plus illustre de ses chefs militaires, Imad Moghniyé, assassiné par le Mossad dans un quartier à haute sécurité de Damas. À l'audace d'un tel choix, qui frisait la provocation, est venue s'ajouter l'hallucinante péroraison d'un député du CPL qui, emporté par sa verve, est allé jusqu'à établir un parallèle entre le martyre du très controversé disparu et le sacrifice du Christ. On vous en contera tant...
Bien plus grave dans ses implications est le discours prononcé hier même, au cours d'une cérémonie similaire, par Nasrallah. Celui-ci s'est voulu rassurant pour les Libanais, qu'inquiètent depuis quelque temps les rumeurs de conflagration : le Hezbollah ne recherche pas le choc, a-t-il assuré, et les menaces israéliennes relèvent seulement de la guerre psychologique ; mais si l'ennemi passe à l'action, le défi sera relevé et il sera rendu coup pour coup, infrastructure pour infrastructure, qu'il s'agisse d'aéroports, de ports, de centrales électriques ou d'usines. Rien de bien surprenant jusque-là, en somme, quand bien même on resterait fermement convaincu que les ripostes libanaises à toute agression sont du ressort du commandement militaire et non d'un parti, serait-il (nominalement) celui de Dieu.
Ce qui ne laisse pas de surprendre en revanche, ce qui ne contribue certes pas à rassurer les Libanais, c'est le vœu publiquement formulé de venger le meurtre de Moghniyé. Voilà qui équivaudrait en effet à choisir une fois de plus - une fois de trop, faut-il craindre - le moment de l'explosion.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
À tout seigneur tout honneur : les manifestants sont en droit de se féliciter de leur performance de dimanche dernier. Cela vaut surtout pour les simples citoyens, premiers et authentiques artisans de la révolution du Cèdre, qui n'avaient guère attendu les consignes partisanes pour descendre résolument dans la rue. Et qui réaffirmaient ainsi leur fidélité aux principes de...


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