De toutes les fêtes chrétiennes célébrées dans notre pays, la Saint-Maron est celle qui revêt le plus naturellement une connotation politique, tant en effet la communauté maronite se trouve historiquement associée à la cristallisation de l'entité libanaise.
C'est dire que le 9 février et son contexte du moment - local ou régional - ont souvent été matière à réflexions et commentaires dans ces mêmes colonnes. L'un de ces articles, intitulé Maron vs Sharon (*), entreprenait de faire un sort au mythe destructeur de la sympathie désintéressée d'Israël pour les chrétiens du Liban. Mais qui aurait pu imaginer qu'un jour viendrait où les divisions intracommunautaires, les dérives de la politique et les inlassables manipulations de l'autre voisin se conjugueraient pour mettre le saint ermite face à son double ?
C'est bien ce qui s'est produit pourtant avec ces cérémonies organisées à Alep pour le 1 600e anniversaire de la mort de Maron et que trois personnalités maronites libanaises ont agrémentées de leur présence. En d'autres circonstances, le geste aurait pu revêtir quelque grandeur : après tout, c'est en Syrie que le saint est né et a vécu jusqu'à la fin de sa vie. Et si les chrétiens sont massacrés ou chassés d'Irak, si les coptes sont harcelés en Égypte, la dictature syrienne a du moins la délicatesse de se poser en protectrice des minorités religieuses.
Or la grandeur ne peut que s'effacer devant la mesquine banalité des motivations. Car outre leurs vieilles ou relativement récentes amitiés syriennes, Émile Lahoud, Michel Aoun et Sleimane Frangié ont en partage un lourd contentieux avec le patriarcat maronite de Bkerké. Durant son mandat présidentiel, le premier, régulièrement chapitré il est vrai par le patriarche, ne s'est pas trop soucié d'ailleurs de prendre part à la célébration officielle de la Saint-Maron. Frangié a à son actif (si l'on peut dire) des propos publics particulièrement irrespectueux pour le maître de Bkerké. Et non content de se proclamer patriarche politique de sa communauté, Aoun, royalement reçu l'an dernier déjà par le président Bachar el-Assad, en est à se prendre tout à la fois pour le rassembleur des chrétiens d'Orient et le héraut du dialogue des cultures ; en font foi les peu modestes déclarations qui ont émaillé son dernier séjour syrien, par lui-même qualifié d'historique.
Les gesticulations d'Alep peuvent surprendre, attrister ou déranger carrément. Mais elles ne peuvent occulter l'essentiel, à savoir que c'est bien au Liban que le maronitisme - préférons-lui le terme de maronité - s'est enraciné, en faisant pour toujours une terre de refuge, de liberté et de libertés : la première de celles-ci étant celle de gérer soi-même ses propres affaires, loin de toute ingérence étrangère.
Ce sont ces libertés - et avec elles, inévitablement, notre identité - que l'on s'est acharné dans le passé à nous ravir. En vain. Et d'embrigader effrontément à cette fin tous les saints du Paradis n'y changera rien.
Issa Goraieb
igor@lorient-lejour.com.lb
(*) : éditorial du 1er février 1983.
C'est dire que le 9 février et son contexte du moment - local ou régional - ont souvent été matière à réflexions et commentaires dans ces mêmes colonnes. L'un de ces articles, intitulé Maron vs Sharon (*), entreprenait de faire un sort au mythe destructeur de la sympathie désintéressée d'Israël pour les chrétiens du Liban. Mais qui aurait pu imaginer qu'un jour viendrait où les divisions intracommunautaires,...


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