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Régimes de croisière

Menaces de guerre, appelant aussitôt des contre-menaces : elle sonne creux pourtant, la toute récente prise de bec entre ces deux redoutables rapaces que sont nos voisins de l'Est et du Sud.

 

Pour commencer, l'homme par qui le scandale est arrivé n'est pas précisément un personnage recommandable et encore moins crédible. Gravement impliqué dans diverses affaires de corruption, Avigdor Lieberman n'a pas que la moralité de pourrie, en effet. Ce cerveau malade, auquel a été confiée la gestion de la diplomatie d'Israël, est l'auteur de projets aussi extravagants que la déportation des citoyens arabes de cet État et l'exécution de ceux de leurs députés qui seraient convaincus de contacts avec les organisations palestiniennes. Si bien qu'en avertissant le Syrien Bachar el-Assad qu'une guerre perdue se solderait pour lui par une présidence elle aussi perdue, Lieberman a réussi le tour de force de dresser contre lui la quasi-totalité d'un establishment politique israélien nullement désireux d'en arriver à de telles extrémités.


Le fait est que le renversement du régime baassiste de Damas n'a jamais constitué une priorité pour les gouvernements successifs de l'État hébreu. Une guerre est toujours possible bien sûr, et nul ne saurait prédire à l'avance où commencerait et s'arrêterait l'incendie. Il reste cependant que cela fait des décennies qu'un calme plat n'a cessé de régner sur le front du Golan et que les Syriens, quand ils sont pris d'ardeurs guerrières, sont suffisamment prudents pour traduire celles-ci par procuration seulement, grâce au Hezbollah au Liban et au Hamas à Gaza. Il faut bien constater qu'en retour, et en dépit des accusations de soutien au terrorisme lancées contre Damas, la machine de guerre israélienne a relativement épargné aussi bien la Syrie que les positions qu'elle occupait au Liban, pour s'acharner plutôt sur les populations et les infrastructures civiles.


C'est surtout a contrario, cependant, que s'impose, à Israël comme à tout le monde, la nécessité du maintien en place d'un régime qui est loin d'être commode, certes, mais dont l'alternative - un pouvoir islamiste radical à Damas - s'avérerait franchement catastrophique. Cette éventualité du pire, les néoconservateurs de George W. Bush l'avaient un moment perdue de vue. Ce sont les plus proches de leurs alliés qui ont dû leur rappeler qu'il valait mieux désormais, à propos de la Syrie, parler de changement de comportement, mais surtout pas de régime. Et c'est cette même argumentation qu'invoquent les démocraties occidentales pour justifier le rétablissement du dialogue avec la Syrie, longtemps boycottée en relation surtout avec la crise libanaise.


Si parcimonieux à ce jour sont les gestes de bonne volonté de Damas qu'il faudra s'armer de patience pour vérifier le bien-fondé de cette approche, et les derniers propos du président Assad, publiés au plus fort de la tempête Lieberman, ne sont guère faits pour porter à l'optimisme. Car ce n'est pas pour son régime que s'inquiète le raïs syrien, cité dans la revue The New Yorker par le journaliste Seymour Hersh, mais pour le Liban, encore et toujours lui, le Liban voué à une fulgurante guerre civile s'il n'entreprend pas de réformer son système politique.


À cette flagrante immixtion dans nos affaires intérieures a fait fort opportunément contrepoids l'acte de foi dans la démocratie consensuelle prononcé hier même (à dessein ?) par le président Michel Sleiman. Quoi qu'il en soit, une chose reste sûre : ce n'est pas pour réclamer à cor et à cri l'adoption du modèle syrien que les foules descendront dans la rue pour la commémoration du 14 février.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Menaces de guerre, appelant aussitôt des contre-menaces : elle sonne creux pourtant, la toute récente prise de bec entre ces deux redoutables rapaces que sont nos voisins de l'Est et du Sud.
 
Pour commencer, l'homme par qui le scandale est arrivé n'est pas précisément un personnage recommandable et encore moins crédible. Gravement impliqué dans diverses affaires de corruption, Avigdor Lieberman n'a pas que la moralité de pourrie, en effet. Ce cerveau malade, auquel a été confiée la gestion de la diplomatie d'Israël, est l'auteur de projets aussi extravagants que la déportation des citoyens arabes de cet État et l'exécution de ceux de leurs députés qui seraient convaincus de contacts avec les organisations...