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Dialogues-fiction

La fièvre que suscitent déjà les préparatifs des prochaines élections municipales, on veut bien y voir un fort bienvenu signe de santé. Après tout, c'est bien dans le quartier, dans le village, que commence en principe ce précieux exercice démocratique consistant à élire ceux qui devront veiller à notre sécurité et notre bien-être. C'est ce genre de scrutin en effet qui révèle, telle une première épreuve tirée au labo, la couleur réelle d'un pays : laquelle attendra, pour le tirage final, les retouches éventuelles qu'apporteront, par exemple, les législatives. Élément fondateur ou bien produit de la démocratie, les élections ? C'est un peu l'éternelle histoire de la poule et de l'œuf.

Pour ce qui est du patchwork libanais, c'est sans compter hélas sur la colossale triche dont il est, de nos jours, l'objet. Car on a inventé infiniment plus pernicieux que le classique traficotage des urnes, la falsification des listes électorales et autres manipulations. C'est l'intrusion des armes dans la démocratie, une intrusion se parant bruyamment de tous les attributs d'honorabilité et même de sainteté, puisque opérée au nom d'un parti censé être celui du Créateur et sous couvert de résistance à l'ennemi israélien. C'est comme cela que, d'un seul revers de main, on tue la poule et on écrase l'œuf.

Les ravages de ce phénomène ne se comptent plus, le plus considérable étant la dénaturation totale de la règle du consensus, réalisée à coups de faits accomplis et qui a fait du Liban un pays proprement ingouvernable, incapable même de se doter d'une administration. Incapable même, faut-il craindre, de parvenir à une solution négociée de la question de l'armement de la milice : la raison en étant - les dirigeants de celle-ci n'ont jamais cessé de le souligner - qu'elle n'est tout simplement pas négociable, quand bien même elle figurerait en tête des points de discussion de la conférence du dialogue national.

Si ce diktat déjà vieux redevient d'actualité, c'est que le Hezbollah a fini par faire école parmi les organisations palestiniennes radicales postées avec armes et bagages hors des camps de réfugiés. Venu il y a quelques jours au Liban, le chef d'un de ces groupes hébergés et soutenus par la Syrie s'est montré tout aussi irréductible, ce qui ne l'a pas empêché de vanter à son tour, sans ciller, les vertus du dialogue. Peut-être cet épisode aura-t-il servi du moins à montrer à quel degré de perfection sont accordés les violons. Et à faire un sort définitif à cette tenace fiction, fréquemment brandie par certains alliés de Damas, et voulant que l'arsenal généreusement livré par les Iraniens, outre sa mission libératrice, soit l'obstacle le plus sérieux à l'implantation des Palestiniens dans ce pays.

Un clou ne chasse pas forcément l'autre...

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
La fièvre que suscitent déjà les préparatifs des prochaines élections municipales, on veut bien y voir un fort bienvenu signe de santé. Après tout, c'est bien dans le quartier, dans le village, que commence en principe ce précieux exercice démocratique consistant à élire ceux qui devront veiller à notre sécurité et notre bien-être. C'est ce genre de scrutin en effet qui révèle, telle une première épreuve tirée au labo, la couleur réelle d'un pays : laquelle attendra, pour le tirage final, les retouches éventuelles qu'apporteront, par exemple, les législatives. Élément fondateur ou bien produit de la démocratie, les élections ? C'est un peu...