Le président US n'a pas passé sa colère cependant sur quelque bouc émissaire, il n'a pas décrété le moindre limogeage. Et face a son peuple constatant avec effroi que huit ans après le traumatisme du 11 septembre l'Amérique demeure tout aussi vulnérable, il a fini, en commandant suprême des forces américaines, visibles et invisibles, par endosser la première et ultime responsabilité de ces carences.
En matière de sécurité (et quitte à oser, pour l'occasion, un insolite parallèle avec l'unique superpuissance), le Liban quant à lui n'est certes pas à l'abri des lacunes. Comme nombre de leurs équivalents étrangers, il est vrai que nos divers services de renseignements ne s'embarrassent pas trop de scrupules juridiques pour mener leurs enquêtes, opérations et interrogatoires. À leur décharge, on arguera, par contraste avec les immensités américaines, de la phénoménale quantité de brûlots qui se trouve concentrée sur notre minuscule territoire.
Car non seulement les services libanais ont fort à faire pour traquer les réseaux d'espionnage et de subversion installés sur place par l'ennemi israélien ; mais ils doivent aussi parer aux ingérences menées et autres actions déstabilisatrices opérées par des pays tiers et même amis, ou prétendus tels. Il leur faut veiller au péril, relativement récent, du terrorisme islamiste, pieuvre aux mille tentacules dont chacune semble obéir à un commanditaire différent. Et ils sont tenus, last but not least, de surveiller de près la présence armée palestinienne hors et à l'intérieur des camps de réfugiés : tout cela dans un pays où il est devenu admis, pour tout un chacun, de se proclamer allié de telle ou telle puissance régionale, et de se comporter en conséquence - autrement dit en instrument - sans la moindre gêne.
Reste le plus inquiétant : pour performant que puisse être le renseignement libanais, ce n'est là, aujourd'hui, qu'un appareil sans tête, sans véritable organisme centralisateur : érigée en dogme intransgressible au plan politique, la règle du consensus national est loin d'avoir gagné le domaine sécuritaire. Car ce n'est pas à l'État, mais au parti, au clan, pour ne pas dire à la communauté, que va en priorité, jusqu'à nouvel ordre, la loyauté de plus d'un service.
Naturelle était hier l'indignation de Michel Sleiman face à la décision de Washington d'inclure les Libanais dans la liste noire des voyageurs soumis à des contrôles accrus, notamment la fouille corporelle. Mais le président ne convaincra pas grand monde, hélas, en protestant du climat de stabilité dans lequel baigne, selon lui, notre pays.
Issa GORAIEB
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