Aliyya (mécanisme, en arabe). Retenez bien ce qui est en passe de devenir le maître mot du discours politique au Liban. Et n'allez surtout pas croire que le dernier jeu inventé par les tristes chefs de ce pays va consister à démonter, boulon par boulon, le branlant édifice étatique, puis à le reconstituer en plus solide, en plus rationnel, en plus viable. Ce serait trop espérer hélas ; il s'agit néanmoins de pourvoir à près de la moitié des postes au sein de l'administration, devenus vacants ou dépourvus de titulaire, sans que l'opération tourne à l'empoignade générale.
L'idée n'est guère nouvelle et les Libanais se sont passablement habitués à voir les diverses forces politiques revendiquer âprement leur part du gâteau étatique. Ce qui est nouveau et même révolutionnaire en revanche, c'est que, pour la toute première fois dans les annales de cette foire aux directeurs généraux, il sera question aussi, du moins nous le promet-on, de qualité, d'aptitude, de compétence, de mérite. Car on veut bien supposer que dans tous les camps le meilleur peut côtoyer le pire ; et c'est fort opportunément le meilleur qui serait, cette fois, mis en lice.
Faut-il se réjouir de ces intentions relativement bonnes, déclinées un peu partout ? Oui, répondront ceux que l'on appelle les esprits pratiques, les réalistes. Car après tout, c'est cela le Liban : une mosaïque de communautés à laquelle manque tragiquement cependant le ciment garantissant la cohérence du somptueux puzzle. Tout le monde se réclame du Liban certes, mais tout le monde ne parle pas du même Liban. Le miracle national n'est sans doute pas pour demain, si l'on en juge par le fol regain de sectarisme observé depuis l'accord de Taëf de 1989, lequel prétendait initier au contraire la déconfessionnalisation du système. Dès lors, et si, à défaut de faire fructifier ce qu'ils ont en partage, les Libanais doivent se résigner à partager ce qu'ils ont, quel meilleur garant de paix domestique qu'un juste et équitable découpage en tranches dudit gâteau ? Et tant qu'à devoir se livrer à l'infâme troc, pourquoi bouder tous ces dessus de paniers que s'engagent à offrir à l'administration les marchands politiques ?
Les arguments ne manquent pas toutefois, du côté des sceptiques, qui croient qu'on n'aura fait là que porter à un niveau supérieur de sophistication le mal libanais. Car pour bienvenues que soient les élites de toutes provenances, elles ne se contenteront pas forcément de représenter dignement leurs communautés. Ces directeurs généraux et chefs de départements ou de services seront souvent aussi les obligés de ces leaders politiques qui leur ont frayé une carrière. Pour compétents qu'ils puissent être, la reconnaissance du ventre les portera à demeurer à l'écoute du zaïm qui les a proposés pour le poste, à favoriser sa clientèle : tôt ou tard, c'est le système lui-même qui les rattrapera.
Si ce n'est les chefs politiques, qui donc devrait-il se charger de garnir en éléments humains une administration censée servir tous les citoyens sans distinction d'appartenance et veiller à leur bien-être comme à leur sécurité ? Tel est le casse-tête que le Conseil des ministres, au cours de sa première réunion de l'année, a prudemment éludé hier. La veille, le président de l'Assemblée croyait avoir trouvé la réponse en proposant une commission de juges. Oubliant, ou feignant d'oublier, que même la nomination des juges obéit au même, au peu digne rituel.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
L'idée n'est guère nouvelle et les Libanais se sont passablement habitués à voir les diverses forces...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef