Hors de la sainte alliance, point de salut pour les chrétiens du Liban, que pourrait guetter en effet le même sort que leurs coreligionnaires d'Irak : ladite et vertueuse alliance se résumant à ces deux modèles de démocratie que sont, comme tout le monde sait, la république des mollahs d'Iran et la dictature baassiste de Syrie.
Tel est donc l'aimable, le rassurant, le tonifiant message que croit bon de lancer, pour la commémoration de la Achoura (et pour la Noël ainsi que le Nouvel An, en prime !), le chef du Hezbollah, qui invite les chrétiens à ne plus miser à l'avenir sur ces deux mauvais chevaux que sont l'Amérique et Israël. On ne sait trop comment, en vérité, pourra être ignorée, occultée, l'influence planétaire de l'unique superpuissance. Pour ce qui est d'Israël, Hassan Nasrallah, brillant stratège pourtant, est en retard de plus d'une guerre ; et il fait montre, sur ce point des plus sensibles, d'une mémoire fâcheusement sélective.
Car si, durant le long conflit du Liban, le désespoir a effectivement pu pousser des chrétiens (et non les chrétiens) à s'allier avec le diable, s'ils en sont revenus depuis, ils ne sont guère les seuls à s'être laissé aller à de telles extrémités. Faut-il rappeler qu'en 1982, la population du Liban-Sud - à prédominance non chrétienne et plus précisément chiite - avait accueilli en libérateurs, sous des averses de grains de riz, les envahisseurs israéliens, tant elle avait souffert des exactions des fedayine palestiniens ? A-t-on oublié de même que le gros des effectifs de l'Armée du Liban-Sud, alliée d'Israël, était constitué de non-chrétiens ? Et n'a-t-on donc pas noté que sur les dizaines de membres du réseau d'espionnage ennemi récemment démasqués et arrêtés ne figurent que quelques chrétiens ?
C'est dire à quel point l'appel de samedi dernier est injustifié et, par conséquent, sonne creux. Pire, son auteur s'est trouvé, le soir même, doublement en faute. Non content de prodiguer fort maladroitement aux chrétiens des conseils qui ressemblent fort à des menaces, le chef de la Résistance islamique s'est bien gardé ainsi d'évoquer, dans son discours, l'explosion meurtrière qui venait de viser des locaux du Hamas installé au cœur de son propre fief de la banlieue sud de Beyrouth.
On comprend, sans le moins du monde excuser. Comment expliquer en effet que le Hezbollah ait souverainement accordé asile à cette milice islamiste soutenue par l'Iran et la Syrie, alors même que les débordements palestiniens hors des camps de réfugiés constituent l'un des principaux points de discussion du dialogue national, alors que le Hamas attire, comme un paratonnerre la foudre, la vindicte israélienne, alors que l'État libanais ne reconnaît pour interlocuteur que l'Autorité autonome ? Que dire par ailleurs (deuxième faute, et non la moindre) du black-out imposé plusieurs heures durant par la milice sur le site de l'explosion et qui a retardé d'autant les investigations officielles ? Scandaleux retard que s'est finalement résignée à couvrir l'autorité étatique, et cela par simple - et pas très digne - souci d'apaisement...
Les conseils copieusement prodigués samedi n'y changeront rien : il y a tout de même d'autres choix pour les Libanais qu'entre l'ennemi et les faux amis.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Tel est donc l'aimable, le rassurant, le tonifiant message que croit bon de lancer, pour la commémoration de la Achoura (et pour la Noël ainsi que le Nouvel An, en prime !), le chef du Hezbollah, qui invite les chrétiens à ne plus miser à l'avenir sur ces deux mauvais chevaux que sont l'Amérique et Israël. On ne sait trop comment, en vérité, pourra être ignorée, occultée,...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef