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Tourisme de nécessité

Singulière rencontre tout de même, que celle intervenue lundi entre Barack Obama et son hôte libanais Michel Sleiman. Ici en effet le chef de l'unique superpuissance mondiale ; et là celui d'un minuscule pays qui, dans le passé, croyait pouvoir tirer force et immunité de sa faiblesse même, et qui se retrouve inconsidérément poussé par d'aucuns aux toutes premières loges de la lutte armée contre Israël.

 

Le plus remarquable cependant n'est pas dans cette phénoménale disproportion des poids géopolitiques en présence. Après tout, maints dirigeants libanais ont déjà eu droit aux honneurs de la Maison-Blanche ; et comme ses prédécesseurs, Obama a bien fait part de sa sympathie pour le Liban, qu'il a qualifié de pays très important dans une région qui ne l'est pas moins. Le plus extraordinaire, c'est dans l'énoncé des priorités qu'ont décliné les deux hommes qu'il réside.


Barack Obama a beau être l'homme le plus puissant du monde, il n'a pu convaincre - ou contraindre - Benjamin Netanyahu de mettre fin au grignotage systématique de la Cisjordanie, condition qu'hier encore il jugeait essentielle à une relance du processus de paix. C'est de ce même Obama néanmoins que le président Sleiman attendait, non sans une belle dose d'optimisme, quelque pression sur Israël pour l'amener à évacuer les territoires libanais demeurant sous occupation.


Faussement candide, de même, est cette vive inquiétude qu'inspire au chef de l'Exécutif américain la poursuite des livraisons illégales d'armements d'origine iranienne au Hezbollah alors qu'il n'a pipé mot sur les violations israéliennes de la résolution 1701. Car non seulement Obama n'a évoqué qu'un seul volet de la triche générale dont fait l'objet cette résolution de l'ONU, mais il ne pouvait ignorer qu'il s'adressait au représentant d'un pays où les ingérences extérieures ont fini par faire de la milice le partenaire intime (sinon l'alter ego ) de l'État : un État auquel l'Amérique s'engage néanmoins - et c'est là le principal acquis de ce dialogue de sourds - à apporter une appréciable aide militaire et socio-économique.


Ici un Obama bien trop vite couronné par le comité du Nobel pour une paix qu'il est loin d'avoir instaurée, qui intensifie même l'effort de guerre pour dégager son pays du guêpier afghan ; et là un Sleiman plaidant certes pour un juste règlement du conflit régional mais soucieux surtout d'amener les Libanais à conclure une paix durable avec... les Libanais. Cet insolite tableau ne devrait en aucun cas justifier a posteriori la vicieuse cabale dirigée qui a pris pour cible la visite de Sleiman aux États-Unis. Les auteurs n'en sont que trop connus, qui trouvent naturel que Téhéran et Damas reprennent langue avec Washington, qui n'ont rien à redire sur les négociations indirectes syro-israéliennes et qui, dans le même temps, prétendent interdire au Liban tout contact avec le monde extérieur qui ne passerait pas par les Sublimes portes.


Ne serait-ce que pour cette raison, on se félicitera du goût du chef de l'État pour les voyages.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Singulière rencontre tout de même, que celle intervenue lundi entre Barack Obama et son hôte libanais Michel Sleiman. Ici en effet le chef de l'unique superpuissance mondiale ; et là celui d'un minuscule pays qui, dans le passé, croyait pouvoir tirer force et immunité de sa faiblesse même, et qui se retrouve inconsidérément poussé par d'aucuns aux toutes premières loges de la lutte armée contre Israël.
 
Le plus remarquable cependant n'est pas dans cette phénoménale disproportion des poids géopolitiques en présence. Après tout, maints dirigeants libanais ont déjà eu droit aux honneurs de la Maison-Blanche ; et comme ses prédécesseurs, Obama a bien fait part de sa...