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Fer play

Le sport c'est super, le football est devenu un phénomène éminemment planétaire, et l'esprit sportif est incontestablement ce qu'on a inventé de plus admirable en matière d'élégance. Il reste que les mœurs, et aussi les relations entre peuples, n'en sont pas forcément adoucies pour autant, vertu que l'on prête en revanche à la musique.

Ce fait consternant est abondamment illustré en ce moment par les crises surgies autour des qualifications pour le prochain Mondial. La France et l'Irlande, traditionnellement pays amis, sont soudain au bord de la rupture à cause d'un but à la régularité fortement contestée et néanmoins homologué par la fédération internationale. Considérablement plus grave, car assortie de violences et de rappels d'ambassadeurs, est la tension entre l'Égypte et l'Algérie, qu'unissaient historiquement pourtant des liens plus qu'amicaux.

L'idéal olympique n'est certes pas en cause, qui prône en effet une compétition loyale entre athlètes du monde entier : des dieux du stade s'affrontant de bien moins cruelle manière que les gladiateurs du cirque. Les bienfaits du concept sont évidents, et l'on a même vu par exemple les protagonistes de l'atroce guerre du Biafra convenir d'une trêve de 48 heures pour permettre à tout un chacun de suivre à la télé les ultimes rencontres du Mondial. Mais l'on a vu aussi, il y a exactement quarante ans, un match de qualification tourner à la guerre totale, brève mais meurtrière, entre le Honduras et le Salvador.

La principale cause de si effarantes dérives est, à l'évidence, l'irruption de ces mêmes nationalismes chauffés à blanc que l'on se proposait précisément d'exorciser sur le gazon des terrains de foot. Heureux temps où la casse n'était le fait que de bandes de hooligans et autres skinheads ! Médiatisé à outrance (allez donc voir sur Youtube les clips de quolibets et d'injures échangés par les publics rivaux), induisant une intense mobilisation des foules, impliquant aussi, pour les clubs, d'énormes budgets financiers servant notamment à l'achat de stars du ballon rond, le football est devenu affaire d'amour-propre national. Et c'est là où la genouillère blesse, et peut même tuer.

Tant pis pour ce qui est sans doute un accès de déformation professionnelle, mais comment ne pas songer au terrain embourbé où s'affrontent sans répit les contradictions libanaises ? Car rien n'est jamais acquis dans notre pays, on n'y connaît plus, depuis des décennies, de fin de partie durable, mais seulement d'éphémères et mensongères mi-temps. C'est sans scrupules démocratiques, au besoin par la force des armes, que l'on se dispute le ballon du pouvoir. C'est sans le moindre égard pour le règlement, Constitution en tête, que d'aucuns voudraient mener le jeu. Quant au fair-play, celui de l'époque où l'on savait prendre son mal en patience en attendant l'heure de l'alternance, il n'est plus qu'un souvenir, à preuve qu'on peut désormais perdre une législative et dénier aux vainqueurs le label de majorité.

Ah, on allait l'oublier celui-ci, où donc est passé l'arbitre ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Le sport c'est super, le football est devenu un phénomène éminemment planétaire, et l'esprit sportif est incontestablement ce qu'on a inventé de plus admirable en matière d'élégance. Il reste que les mœurs, et aussi les relations entre peuples, n'en sont pas forcément adoucies pour autant, vertu que l'on prête en revanche à la musique.Ce fait consternant est abondamment illustré en ce moment par les crises surgies autour des qualifications pour le prochain Mondial. La France et l'Irlande, traditionnellement pays amis, sont soudain au bord de la rupture à cause d'un but à la régularité fortement contestée et néanmoins homologué par la fédération internationale. Considérablement plus...