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Mémoires de glace

Cold Case, littéralement Affaire froide : c'est le nom de cette série télévisée à succès où l'on voit démasqués et arrêtés des meurtriers, bien des années après leur forfait. Où des dossiers en panne, sur lesquels s'amoncelait la poussière, peuvent enfin être classés dans l'honneur. Rien de plus stimulant, en vérité, que cette victoire de la technique policière, de l'analyse scientifique et de la justice sur la scélérate impunité que dispense, trop souvent, le cours du temps.

 

C'est précisément un bien singulier épisode de Cold Case qui s'est joué ces derniers jours - en live - près du village d'Aïta al-Fakhar, dans la plaine de la Békaa, où neuf experts britanniques ont entrepris de récupérer le corps du journaliste Alec Collett, enlevé en 1985 près de l'aéroport de Beyrouth par le groupe extrémiste d'Abou Nidal, alors qu'il revenait d'une mission dans un camp palestinien du Sud. Pourquoi donc Aïta al-Fakhar ? Parce que des restes humains viennent de refaire surface près de cette localité, comme cela arrive étrangement, depuis peu, en divers points du pays, et qu'il s'avère que l'infortuné Collett a bien été exécuté par pendaison en riposte à des raids aériens américains contre la Libye. Pourquoi ce retard de près d'un quart de siècle des Britanniques ? Sans doute parce que certaines autorisations et facilités d'investigation et de mouvement faisaient, jusqu'à ce jour, défaut. Ce qui est clair en revanche, c'est que tout pays qui se respecte se garde bien d'oublier ses morts reposant en terre étrangère.


Le nôtre est-il un de ces pays ? Oui et non. Oui à en juger par ses gens et non si l'on s'en tient à cette navrante frilosité étatique que semblent induire d'aussi glaciales affaires. Car les familles, elles, ont gardé dans leur mémoire douloureusement intact le souvenir d'êtres chers dont, faute d'informations sur leur sort, quand bien même seraient-elles tragiques, elles ne peuvent même se résigner à porter le deuil. Elles continuent parfois, ces familles, de graisser la patte à des escrocs qui se font forts de leur rapporter des nouvelles. Elles descendent régulièrement dans la rue, soutenues par maintes associations, elles réclament et exigent, elles invectivent les responsables, elles les implorent à genoux, mais en vain.


Non point que les cœurs des responsables soient forcément faits de pierre. Ils sont seulement sensibles jusqu'à l'obsession à la raison dite d'État, aux impératifs de la realpolitik : lesquels, comme on sait, servent souvent d'excuse à la lâcheté, sinon à l'ignominie. À l'heure où s'impose la nécessité d'un dialogue syro-libanais, de quoi se préoccupe-t-on en effet dans les cercles politiques ? De l'arrêt des ingérences ? Du tracé des frontières, auquel se dérobe systématiquement Damas ? Des centaines de déportés libanais dont les Syriens persistent à nier jusqu'à l'existence alors que nombre d'entre eux ont été aperçus dans les centres de détention par les rares visiteurs qui y ont été admis ? Bien sûr que non, puisqu'il n'est pratiquement question que de la visite - impensable hier encore - que doit effectuer prochainement (avant le vote de confiance, après le vote de confiance ?) le Premier ministre Saad Hariri. Qui, dans l'affaire de l'assassinat de son père, et fort à-propos d'ailleurs, s'en remet entièrement au Tribunal spécial pour le Liban.


Mais de quel tribunal les proches des disparus vont-ils attendre, eux, l'amère délivrance ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Cold Case, littéralement Affaire froide : c'est le nom de cette série télévisée à succès où l'on voit démasqués et arrêtés des meurtriers, bien des années après leur forfait. Où des dossiers en panne, sur lesquels s'amoncelait la poussière, peuvent enfin être classés dans l'honneur. Rien de plus stimulant, en vérité, que cette victoire de la technique policière, de l'analyse scientifique et de la justice sur la scélérate impunité que dispense, trop souvent, le cours du temps.
 
C'est précisément un bien singulier épisode de Cold Case qui s'est joué ces derniers jours - en live - près du village d'Aïta al-Fakhar, dans la...