Sincères ou non, toutes les parties représentées au sein du cabinet Hariri se disent, il est vrai, pour la lutte contre la corruption, pour les réformes, pour le redressement financier. Pas d'objection, donc, sur ce point. Il en est d'autres cependant où, prisonnières de leurs contradictions, vouées bon gré mal gré au consensus, les forces politiques s'échinent à marier l'eau et le feu pour finalement ne rien dire en croyant avoir tout dit.
Jeu des plus périlleux cependant que celui-ci. Bien qu'abrogés vingt ans après, les funestes accords du Caire de 1969, qui prétendaient concilier liberté d'action des fedayine et respect de la souveraineté libanaise, n'ont pas fini à ce jour, en effet, de produire leurs méfaits. Car si l'OLP en est à mendier une reprise des négociations de paix avec Israël, les groupuscules radicaux armés foisonnent toujours sur notre territoire... sans plus, bien entendu, la moindre référence, même de pure convenance, à ladite souveraineté.
C'est de la même et aberrante logique que procèdent toutes ces savantes formules servant, gouvernement après gouvernement, à affirmer tout à la fois la primauté de l'État et de ses institutions, et l'exception à la règle concédée au Hezbollah. Le Liban est parfaitement en droit, certes, de proclamer à tout venant son droit au recouvrement de l'intégralité de ses terres, que ce soit par la négociation ou par tout autre moyen. Mais comme tout le monde sait, il n'est guère maître, hélas, de la décision de recourir éventuellement, par calcul ou même par accident, à l'action militaire. Si bien que notre pays, qui s'égosille à réclamer le respect de la légalité internationale, qui adhère bien sûr aux résolutions de l'ONU et en exige l'application, est dans l'impossibilité absolue d'assumer les obligations qui en découlent, à savoir le désarmement de la milice.
Les dégâts de cette malédiction consensuelle ne s'arrêtent pas à la situation du Liban dans l'imbroglio proche-oriental, où l'on voit s'agiter en ce moment les premiers rôles. Occupait ainsi la vedette, hier, un président syrien reçu à bras ouverts à l'Élysée, loué pour avoir contribué à mettre fin à des mois de crise ministérielle libanaise, pressé par Netanyahu de dialoguer, mais qui préfère s'en tenir aux pourparlers indirects sous les auspices de la Turquie, tout cela en attendant l'incontournable venue à Damas d'un Saad Hariri devenu Premier ministre en exercice. Or, face à toute cette effervescence demeure l'érosion d'un système politique libanais qui a cessé d'être régi par les textes, à commencer par la Loi fondamentale, la Constitution, et cela du fait de l'intrusion des armes dans le jeu démocratique.
Une majorité par trop plurielle, une opposition battue aux élections mais arrivant à imposer ses volontés : c'est à qui perd gagne que l'on joue désormais dans ce pays.
Issa GORAIEB


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef