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Session de rachat

Chat échaudé craint l'eau froide, l'expérience des cabinets dits d'unité nationale n'étant guère, comme tout le monde sait, ce que la république a produit de plus réussi. Ce gouvernement qui n'en finissait pas de voir le jour, on serait bien malvenu toutefois d'en bouder, d'office, l'avènement.

 

Si ancrée dans les sociétés est la terreur de l'anarchie et du chaos que tout gouvernement, bon, médiocre ou même franchement mauvais, leur est en effet indispensable. Et puis il y a tout de même quelque nouveau dans ce remake, dont la réalisation aura nécessité près de cinq mois de discussions passionnées et autres marchandages d'épiciers : la plus évidente de ces innovations étant la présence, à la tête de l'équipe gouvernementale, d'un moins de quarante ans, le chef de la majorité parlementaire Saad Hariri ; on est fort tenté d'y voir un heureux présage quant à un processus de rafraîchissement du personnel politique.

 

Pas seulement politique d'ailleurs, et c'est là que réside la principale (sinon la plus agréable) caractéristique de ce premier gouvernement Saad Hariri : à savoir l'accession à des départements sensibles d'hommes politiquement peu marqués et présentant plutôt un profil de technicien, de spécialiste, d'expert. Cet heureux phénomène, la petite histoire retiendra cependant qu'on le doit à la démonstration de sollicitude beau-paternelle à laquelle se sera livré, tout au long de la crise, le général Michel Aoun, et que les Libanais auront suivie, selon le cas, avec attendrissement ou un suprême agacement.


Contre vents et marées, contre même l'avis de plus d'un de ses lieutenants, le chef du Courant patriotique libre aura ainsi réussi à remettre en selle son gendre le ministre Bassil, pourtant battu aux dernières élections législatives. En s'arrogeant le droit de désigner lui-même ses représentants au sein de l'Exécutif, il aura, du même coup, enfoncé un coin supplémentaire dans la carcasse déjà fort malmenée de la pratique institutionnelle telle que définie par l'accord de Taëf. À tel point malmenée, à vrai dire, que le chef de l'État ne voit rien de plus pressé, sitôt opérationnel le nouveau gouvernement, que d'inviter la conférence de dialogue national à plancher sur une redéfinition des attributions respectives du chef de l'État, du président de l'Assemblée et du Premier ministre.

 

Parce que l'espoir est humain, les Libanais veulent croire avec Saad Hariri, faisant sa première déclaration de chef du gouvernement investi, qu'une page est en train d'être tournée. Que l'actuelle équipe incarne bel et bien l'entente nationale. Qu'elle représente une chance (la dernière ?) de renouveler la confiance des gens dans les institutions. Qu'au terme d'une aussi longue et pénible gestation, ce n'est pas d'une souris que vient d'accoucher cette fois la montagne. Et qu'instruits du passé, les chefs politiques sauront désormais tenir en respect cet autre rongeur, d'une espèce bien plus redoutable, qu'est la dissension nationale.  L'éclatement.
La délibanisation.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Chat échaudé craint l'eau froide, l'expérience des cabinets dits d'unité nationale n'étant guère, comme tout le monde sait, ce que la république a produit de plus réussi. Ce gouvernement qui n'en finissait pas de voir le jour, on serait bien malvenu toutefois d'en bouder, d'office, l'avènement.
 
Si ancrée dans les sociétés est la terreur de l'anarchie et du chaos que tout gouvernement, bon, médiocre ou même franchement mauvais, leur est en effet indispensable. Et puis il y a tout de même quelque nouveau dans ce remake, dont la réalisation aura nécessité près de cinq mois de discussions passionnées et autres marchandages d'épiciers : la plus évidente de ces innovations...