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À vau-l’eau

Une aubaine, du pain bénit pour Benjamin Netanyahu que l'odyssée de ce cargo transportant, entre autres marchandises, des armements iraniens destinés au Hezbollah et intercepté il y a trois jours par la marine israélienne au large de l'île de Chypre.

Non point, pourtant, qu'il s'agisse là d'une quelconque première : le soutien militaire de Téhéran au Hezbollah, qui transite généralement par la Syrie, est on ne peut plus notoire, au point que donateurs, intermédiaires et bénéficiaires réunis vont généralement jusqu'à en tirer gloire. C'est avec le même ensemble qu'ils ont opté cette fois pour le démenti. Le Francop ayant fini par atteindre Beyrouth après avoir été délesté de son explosive cargaison, ce sont les autorités libanaises qui écopent d'une enquête dont tout porte à croire qu'elle n'incriminera pas plus la milice que l'ordre des Chevaliers de Malte, comme le commandent en effet les impératifs du moment.

Si Netanyahu jubile, c'est que cet épisode lui offre l'occasion de faire d'une pierre plusieurs coups. L'Iran pris la main dans le sac alors qu'il négocie son accès à l'énergie nucléaire, la Syrie pointée du doigt alors qu'elle émerge tout juste d'un long isolement diplomatique, le Hezbollah accusé de préparer la guerre, le Liban incapable, malgré l'assistance de la Finul, d'assurer la mise en application de la résolution 1701 de l'ONU ; menus bénéfices cependant que tout cela, comparé à ce piètre filon qu'Israël a aussitôt entrepris d'exploiter en faisant de cette saisie d'armements une parade au rapport accablant de la commission Goldstone sur les crimes de guerre commis lors de l'expédition israélienne de l'an dernier contre la bande de Gaza. Comme si une hécatombe potentielle, supposée, celle de civils sur lesquels s'abattraient, dans l'éventualité d'un nouveau conflit, les missiles du Hezbollah, pouvait occulter - ou permettre d'absoudre - les atrocités bien réelles, constatées, vérifiées, consignées noir sur blanc et dénoncées par l'Assemblée générale des Nations unies. Dans cette affaire Francop, c'est le monde entier qu'Israël s'imagine pouvoir mener en bateau.

Le Liban ne s'en porte guère mieux pour autant. Sans évidemment apporter de l'eau au moulin israélien (classique accusation sanctionnant la moindre contestation), il y a longtemps que la galère libanaise fait eau en raison de cette fracture nationale que constitue le débat sur l'armement du Hezbollah. Entre autres ravages, cet armement a déjà causé la destruction d'infrastructures (un bien lourd tribut à la divine victoire de 2006) et il s'est retourné par la suite contre des Libanais ; il a entraîné la paralysie des pouvoirs tant législatif qu'exécutif ; et pour peu que le nouveau gouvernement soit enfin formé, comme on nous le promettait pour très bientôt hier, cela menace de continuer de plus belle dès lors qu'il s'agira d'établir le programme dudit gouvernement.

À ces préoccupations qui hantent les esprits des citoyens est en voie de s'en ajouter insidieusement une autre, celle de la simple survie dans ce qu'il faut bien appeler la jungle libanaise. Car aucune armée au monde ne peut assumer la sauvegarde du territoire dès lors qu'elle n'est plus seule à décider de la paix ou de la guerre ; à leur tour, polices et gendarmeries perdent inévitablement toute autorité en même temps que l'exclusivité de l'usage de la force. C'était déjà évident pour ces agents de la circulation qui ne se hasardent à verbaliser que les inoffensives ménagères. Et comme on n'arrête pas le progrès, on vient d'apprendre qu'un garçon de quatorze ans peut être froidement exécuté, non loin de Zahlé, par les membres d'un gang qui n'avaient pas apprécié sa mauvaise plaisanterie. Que les voyous circulant à moto et se spécialisant dans l'arrachage des sacs à main sont désormais armés. Que des passants s'érigeant en justiciers peuvent très bien l'être aussi. Et que les balles échangées dans la rue, en pleine capitale, ne sont pas perdues pour tout le monde.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Une aubaine, du pain bénit pour Benjamin Netanyahu que l'odyssée de ce cargo transportant, entre autres marchandises, des armements iraniens destinés au Hezbollah et intercepté il y a trois jours par la marine israélienne au large de l'île de Chypre.Non point, pourtant, qu'il s'agisse là d'une quelconque première : le soutien militaire de Téhéran au Hezbollah, qui transite généralement par la Syrie, est on ne peut plus notoire, au point que donateurs, intermédiaires et bénéficiaires réunis vont généralement jusqu'à en tirer gloire. C'est avec le même ensemble qu'ils ont opté cette fois pour le démenti. Le Francop ayant fini par atteindre Beyrouth après avoir été...