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Un mandat de verre

Ni somptueux présent, ni cadeau passablement empoisonné, ni cet excès d'honneur, ni cette indignité ! Ce qu'il faut voir plutôt dans cette accession du Liban au statut de membre non permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, c'est en réalité un défi. Et c'est face à nous-mêmes, bien davantage qu'à nos voisins et même au reste du monde, que nous sommes tenus de le relever, ce défi.

 

Que cette élection, assortie d'une promesse de présidence dudit Conseil, flatte les Libanais dans le sens du poil est indéniable : cela faisait plus d'un demi-siècle que notre pays, pourtant membre cofondateur des Nations unies dont il lui arriva même de présider l'Assemblée générale, n'avait pas eu l'occasion de jouer dans la cour des grands. C'est en sempiternelle victime qu'il était devenu, pour ainsi dire, un habitué du Palais de Verre. Et ce n'est pas dans les meilleures conditions qu'il se trouve appelé à statuer, ne serait-ce qu'en modeste partie, sur les litiges entre nations.


Car ce n'est pas seulement un pays sans gouvernement, sans unité nationale, sans politique étrangère bien définie que le Liban d'aujourd'hui : c'est un Babel de tribus vociférantes, vassales de puissances antagonistes, soudain projeté tout au haut de la tour de Babel planétaire de Manhattan. C'est là le paradoxe ; c'est là peut-être aussi une providentielle opportunité, pour le Liban, de se retrouver.


Tel est, au demeurant, le souhait exprimé par les membres permanents du Conseil qui ont salué l'élection de jeudi, y voyant un augure des plus favorables pour notre pays. Les mêmes vœux sont allés d'ailleurs à cette autre illustre victime des déchaînements de violence, des contradictions internes comme des ingérences extérieures, qu'est la Bosnie-Herzégovine, elle aussi admise au Club des Quinze.


Pour ce qui est de la crise du Proche-Orient, c'est une ligne résolument arabe qu'entend suivre Beyrouth à l'ONU, et rien ne saurait être plus normal et conséquent. Car non seulement le devoir de solidarité commande au Liban un net engagement aux côtés de la cause palestinienne, mais il est de manière vitale concerné par un juste règlement de la question des réfugiés palestiniens, dont des centaines de milliers vivent sur son sol. De surcroît, une portion de celui-ci demeure occupée par l'ennemi israélien, lequel persiste à se livrer à toutes sortes d'agressions et de violations des résolutions internationales, et plus particulièrement la 1701.


Le revers de la médaille cependant, c'est qu'un Liban siégeant, pour un mandat de deux ans, aux premières loges de l'ONU, et donc normalement associé donc aux décisions de ce dernier, devra forcément être aussi un Liban plus que jamais astreint, lui-même, au respect absolu de ces mêmes textes. Incertaine perspective, si l'on en juge par la multiplication des incidents laissant croire à des tentatives répétées du Hezbollah de reprendre pied dans la zone frontalière : qui plus est, d'un Hezbollah membre à part entière du gouvernement libanais. Et parce que l'Iran fait désormais partie du proche, très proche Orient, qu'il est même bien présent jusque sur la scène locale, non moins épineux serait, pour la diplomatie libanaise (ou ce qui en tient lieu), tout débat sur le programme nucléaire de la République islamique.


C'est dire les trésors d'imagination dont il va falloir garnir les labyrinthes empoussiérés du palais Bustros. Mais si on commençait par le commencement, à savoir un simple, un malheureux embryon d'État ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Ni somptueux présent, ni cadeau passablement empoisonné, ni cet excès d'honneur, ni cette indignité ! Ce qu'il faut voir plutôt dans cette accession du Liban au statut de membre non permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, c'est en réalité un défi. Et c'est face à nous-mêmes, bien davantage qu'à nos voisins et même au reste du monde, que nous sommes tenus de le relever, ce défi.
 
Que cette élection, assortie d'une promesse de présidence dudit Conseil, flatte les Libanais dans le sens du poil est indéniable : cela faisait plus d'un demi-siècle que notre pays, pourtant membre cofondateur des Nations unies dont il lui arriva même de présider l'Assemblée...