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Perce-murailles

Un sommet laborieusement préparé, programmé sur trois jours et pourtant liquidé en 24 heures à peine, est-ce signe de succès inespéré ou seulement de réalisme résigné face à ce qui était humainement possible ?

Des entretiens de Damas entre le roi Abdallah d'Arabie et le président Bachar el-Assad, et en attendant plus amples détails, les Libanais retiendront surtout une monumentale lapalissade, à savoir qu'un gouvernement d'unité nationale est la pierre angulaire de toute stabilité dans leur pays. Ah bon, c'est noté, promis, juré. Dût notre légendaire nombrilisme en souffrir, et par-delà le gel du contentieux syro-saoudite sur l'assassinat de Rafic Hariri, l'évènement est ailleurs pourtant, et c'est la substantielle - encore qu'incomplète - réhabilitation arabe que vient de décrocher une Syrie longtemps pestiférée.

Car affichées ou présumées, les réserves régionales ne manquent pas. L'Égypte n'a jamais vu d'un bon œil les amorces de réconciliation entre Damas et Riyad. À l'autre bout de l'éventail moyen-oriental, c'est l'Iran, lui-même en négociation avec les États-Unis, qui redoute un glissement syrien vers le camp pro-occidental. Aussi n'est-il guère surprenant que Le Caire et Téhéran aient tous deux été pointés du doigt dans les graves incidents qui, sur la sempiternelle arène libanaise, ont précédé, accompagné et suivi le sommet de Damas. Quelle que soit toutefois l'identité des pêcheurs en eau trouble, un fait irréfutable demeure, amplement illustré par la criminelle fantasia des motards armés de couteaux à Aïn el-Remmaneh : c'est bien la détention d'un armement parallèle sous couvert de résistance à Israël qui, non contente de diviser les Libanais et de fausser le jeu des institutions, inspire à la racaille, quand bien même serait-elle réellement non partisane, un si évident mépris de l'autorité étatique. C'est cette pomme de discorde qui, en dernier ressort, condamne notre pays à un tel état de vulnérabilité.

Les bonnes nouvelles n'arrivant pas toutes seules pour certains, c'est une percée encore plus significative que réalise le régime Assad, avec l'annonce de la toute prochaine signature d'un accord d'association entre l'Union européenne et la Syrie. Plus d'un dossier bloquait, depuis des années, ce projet : la situation des droits de l'homme en Syrie, mais aussi les ingérences de ce pays au Liban et le soutien qu'il apporte aux radicaux palestiniens. Sur le premier point, c'est le Vieux Continent qui vient de transiger en acceptant que cette clause, pourtant tenue naguère pour essentielle, ne figure pas dans l'accord proprement dit, mais seulement dans une déclaration séparée de l'UE dans laquelle elle se réserve la latitude de faire marche arrière.

Cette cabriole suffira-t-elle pour promouvoir le respect des libertés publiques dans le paradis baassiste ? Il faut le souhaiter vivement pour le peuple syrien, même si les Libanais n'ont jamais eu la prétention d'interférer dans les affaires intérieures du voisin. Le contraire est loin d'être vrai, comme tout le monde sait : à commencer par ces mêmes démocraties européennes dont le simple envoi d'un ambassadeur syrien à Beyrouth paraît avoir apaisé les angoisses libanaises.

Vivre débarrassé de toute tutelle, en harmonie et dans le respect mutuel avec son environnement, vivre libre de gérer son destin loin de toute violence, tout cela, pourtant, fait aussi partie des droits de l'homme. Libanais, pour changer...

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Un sommet laborieusement préparé, programmé sur trois jours et pourtant liquidé en 24 heures à peine, est-ce signe de succès inespéré ou seulement de réalisme résigné face à ce qui était humainement possible ?Des entretiens de Damas entre le roi Abdallah d'Arabie et le président Bachar el-Assad, et en attendant plus amples détails, les Libanais retiendront surtout une monumentale lapalissade, à savoir qu'un gouvernement d'unité nationale est la pierre angulaire de toute stabilité dans leur pays. Ah bon, c'est noté, promis, juré. Dût notre légendaire nombrilisme en souffrir, et par-delà le gel du contentieux syro-saoudite sur l'assassinat de Rafic Hariri,...