On ne sait trop ce qu'a pu répondre Fillon à ce qui, à l'évidence, n'était guère davantage qu'une boutade. Mais peut-être faudrait-il se féliciter au contraire que, pour mille considérations stratégiques et financières, les portes du sinistre club nous soient barrées : nous serions bien en peine, au demeurant, de déterminer quelle autorité politique précise, et par conséquent quelle communauté, serait habilitée à appuyer sur le fatidique bouton rouge.
Car le phénomène de fission nucléaire, c'est à leur lamentable manière que les Libanais l'ont maîtrisé, l'ont porté à un funeste degré de perfection. En témoigne l'incroyable atomisation d'un peuple comblé par la nature, nanti d'une diversité culturelle à nulle autre pareille et qui a éclaté en une myriade de tribus religieuses. Il y a plus terrifiant encore, plus suicidaire en l'occurrence, que la bombe A. Et c'est ce goût de la confrontation, cette émulation dégénérant régulièrement en soif de domination, cette âpreté au débat, souvent violent, caractérisant les forces vives de ce pays. Même ce qui fut le plus légitime des combats n'aura pas échappé à la triste règle. La lutte contre l'ennemi israélien peut bien receler des trésors d'héroïsme et de bravoure en effet ; mais ceux-ci ne sont-ils pas gaspillés en pure perte, bradés, dès lors que sont retournées contre les adversaires de l'intérieur les armes de la Résistance ?
Voilà pour ce qui est de la bombe. Quant à l'énergie atomique utilisée à des fins civiles et pacifiques, il nous faut nous demander si seulement nous la méritons. Depuis des générations, nous laissons se perdre dans la mer l'essentiel de nos eaux que convoite ouvertement pourtant plus d'un de nos voisins et qui suffiraient amplement pour refaire du Vert Liban une réalité. La prévarication aidant, des milliards ont été engloutis tout au long de l'après-guerre, dans la vaine tentative de réhabilitation de nos sources d'énergie électrique, et nous persistons à dédaigner ce véritable cadeau du Ciel qu'est un soleil brillant à l'année ou presque.
Comment, pour finir, dissocier ce même soleil d'un littoral marin qui faisait naguère bien des jaloux, et qui n'est plus qu'une forêt de béton parsemée d'îlots de luxe réservés aux happy few ? Durement malmenée est cette mamelle nourricière du Liban qu'est le tourisme, un tourisme réduit aujourd'hui aux fêtards du Golfe et aux expatriés saisis par le mal du pays. Et si de plus l'instabilité politique doit s'en mêler...
Issa GORAIEB
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