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Doloris causa

Un paradis de la connaissance, une oasis de modernité en plein désert du Hedjaz : telle est l'Université mixte de science et de technologie inaugurée en grande pompe mercredi, quelque part au nord de Djeddah, par le roi Abdallah d'Arabie saoudite.

 

Ce temple de la science a tout pour être un jour l'égal, par exemple, de cette pépinière de savants qu'est le Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.) : des sommités et chercheurs recrutés dans le monde entier, un milliard et demi de dollars investis en équipement high-tech. Et last but not least, des étudiants des deux sexes partageant, le plus normalement du monde, un verdoyant campus de 36 km2 : du jamais-vu dans le royaume des Saoud, où même le volant demeure interdit aux femmes.


Pour le vieux mais toujours fringant monarque qui, avant de s'installer sur le trône, passait pour le plus progressiste des princes saoudiens, c'est un rêve vieux d'un quart de siècle qui devient enfin réalité. L'entreprise ne manque certes pas de panache. De courage non plus, dans un pays où l'on a vu plus d'un édit royal s'effacer devant la sourcilleuse vigilance de la hiérachie wahhabite. Inaugurant cette maison du savoir, ce lieu de tolérance, Abdallah a bien pris soin de souligner d'ailleurs que foi et science ne sont guère incompatibles.


Science sans conscience n'est que ruine de l'âme, avertissait déjà François Rabelais ; or nous vivons des temps où foi dévoyée, fanatisme, terrorisme et technologie dernier cri font tout autant bon ménage hélas, et le royaume des Saoud lui-même est le premier à en faire l'expérience. La nébuleuse d'el-Qaëda ne manque ni de médecins, ni d'ingénieurs, en effet, ni de pilotes-suicide de Boeing ou de virtuoses de la téléphonie mobile et d'Internet. Et c'est précisément de ce défi lancé à l'obscurantisme violent que découle la grandeur d'un événement dont on escompte qu'il sera un tournant pour l'avenir du royaume, et même qu'il revêtira valeur d'exemple.


Mais cet événement, les Libanais imbus de leur modernité de pointe et cependant obnubilés par leurs propres épreuves étaient-ils seulement en mesure d'en percevoir l'importance ? Non, hélas. L'événement, pour eux, se sera réduit à la présence inopinée, parmi les invités de Abdallah, du président de Syrie, à la chaleureuse accolade qu'il a échangée avec le monarque saoudien, aux propos qu'il a calmement échangés avec le Premier ministre démissionnaire Fouad Siniora. Passe encore que se laisse prendre à ce miroir aux alouettes le citoyen ordinaire, l'homme de la rue, mais ces doctes ou grimaçants personnages publics censés nous gouverner ou qui, au contraire, se sont longtemps acharnés à nous priver de gouvernement ! De là où ils échangeaient quotidiennement invectives et mises en garde, regardez-les, en effet, à peine connu ledit, l'heureux, le providentiel événement, faire aussitôt assaut de modération, offrir à la vue des trésors insoupçonnés de conciliation, de sérénité, de patience, d'optimisme.


Que la crise libanaise ait de nombreux prolongements extérieurs est indéniable, et il serait bien irréaliste de l'ignorer. Il y a un monde cependant entre devoir de réalisme et recours au prétexte du facteur étranger pour justifier toutes les démissions. Tel dans un ballet magistralement réglé, c'est la classe politique dans sa quasi-totalité qui se montre aussi prompte à la détente qu'à la confrontation, au gré d'un baromètre syro-saoudite des plus capricieux.


C'est bien cela qui dérange. Qui dérange souverainement, c'est bien le cas de le dire.

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Un paradis de la connaissance, une oasis de modernité en plein désert du Hedjaz : telle est l'Université mixte de science et de technologie inaugurée en grande pompe mercredi, quelque part au nord de Djeddah, par le roi Abdallah d'Arabie saoudite.
 
Ce temple de la science a tout pour être un jour l'égal, par exemple, de cette pépinière de savants qu'est le Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.) : des sommités et chercheurs recrutés dans le monde entier, un milliard et demi de dollars investis en équipement high-tech. Et last but not least, des étudiants des deux sexes partageant, le plus normalement du monde, un verdoyant campus de 36 km2 : du jamais-vu dans le royaume des Saoud, où même le volant demeure...