La raison n'en est pas non plus le caractère absolument exceptionnel de cette joute judiciaire où l'on voit d'un côté un chef d'État en exercice se constituer partie civile contre son adversaire, qu'il accuse de complicité de dénonciation calomnieuse ; et de l'autre, un ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères clamant son innocence et se disant victime d'un bien peu digne acharnement présidentiel. Passons encore sur les enjeux énormes de ce duel. Car même si les sondages d'opinion lui sont en ce moment favorables, Nicolas Sarkozy se voit déjà reprocher d'avoir porté un coup au-dessous de la ceinture : bénéficiant lui-même de l'immunité judiciaire, il a de surcroît autorité sur les juges saisis de l'affaire. Au mieux une carrière politique gravement compromise, au pire cinq ans derrière les barreaux, c'est ce que risque, quant à lui, Villepin.
Ce qui nous interpelle avec le plus de force en définitive (et on le dit avec une pointe d'envie), c'est le spectacle d'une démocratie où on ne se fait certes pas de cadeaux, où la férocité des émulations politiques peut atteindre des sommets, où évoluent et s'affrontent de véritables fauves. Mais ce n'est pas la jungle pour autant, car il faut impérativement s'en tenir à la règle du jeu :
laquelle interdit la triche, encore - et les exemples abondent - qu'elle sanctionne le plus souvent les tricheurs pris sur le fait...
Face à ce constat comment ne pas songer à l'état désolant d'une démocratie libanaise où toute règle a disparu à commencer par la règle de vie, censée garantir l'intégrité physique des acteurs politiques ?
Non point bien sûr que nous soyons un peuple d'assassins nés ; mais ce sont bien nos sempiternelles querelles et notre mépris des institutions qui ouvrent la voie aux plus incroyables outrances, qui laissent le champ libre aux assassins. Et puisque le dossier Clearstream trouve son point de départ dans les pots-de-vin qui auraient été versés à la faveur d'une vente d'armements français au gouvernement de Taïwan, que l'on imagine un peu le surmenage qui serait celui des juges libanais s'ils avaient à statuer sur tous les cas de fraude, corruption, prévarication, prises de commissions et autres indélicatesses collant, de manière très visible, à la peau de maints personnages publics. Et non des moindres ...
Pour cela il faudrait d'abord que quelqu'un s'avise de saisir la justice ; or voilà qui est impensable du moment que d'un bord à l'autre de l'éventail politique, les ripoux se tiennent par la barbichette. À défaut, la justice pourrait bien sûr se mettre en mouvement toute seule, puisque maints scandales ont eu les honneurs de la presse sans que cela porte à conséquence.
Le Corbeau : ainsi a-t-on baptisé l'auteur des lettres anonymes envoyées au parquet et recelant les listings truqués de la firme Clearstream. Guère besoin de trucages ici, tant la réalité dépasse la fiction. Et puis, de toute manière, les rapaces du cru ne craignent pas les corbeaux.
Issa GORAIEB


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